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116 kirjaa tekijältä Jean Lorrain
Une femme par jour: Femmes d'été
Jean Lorrain
Createspace Independent Publishing Platform
2014
nidottu
Le 30 juin 1890, L' cho de Paris annonce une nouvelle rubrique, qui fera date: Une femme par jour: un portrait de femme contemporaine. Les types choisis dans la plus haute soci t comme dans la plus basse ...] formeront un des plus curieux et des plus piquants tableaux de moeurs de notre poque. L'auteur: Jean Lorrain. Extraordinaire t moin de son temps, il est d cid faire tomber les masques de l' ternel f minin... Satirique, ironique, mordant, Jean Lorrain dresse avec chaque chronique le portrait d'une femme, de la prostitu e la cocotte, de la demi-mondaine l'ambitieuse, de la modeste marchande des Halles la femme du monde. Portraits de femmes mais aussi histoires de femmes... Une criture riche, sensuelle et cruelle pour ce grand connaisseur des vices et des travers de la soci t 1900. "Dans la tristesse du petit jour, hier comme l'avant-veille, elle s'est lev e, la vaillante petite femme, hier comme aujourd'hui, aujourd'hui comme tous les matins, pour aller tenir sa boutique de vendeuse de petit noir aux halles. Un mouchoir en marmotte sur ses cheveux gras, une palatine de charcuti re aux paules et un foulard serr au cou, qu'il vente ou qu'il pleuve, par le froid, par le chaud, c'est sa place et son m tier de demeurer sur sa chaise, immobile, l'angle gauche de la trav e centrale, du c t de la rue du Pont-Neuf, et l , en sentinelle aupr s de son po le, sommaire cuisine install e en plein vent, elle sert du caf chaud, du th bouillant et de la soupe fumante toute cette foule allante et venante des Halles, forts et porteurs, hommes de corv e, mara chers et, dans le nombre, ouvriers sans ouvrage, filous et galvaudeux, tout le flux et le reflux humain de la Boucherie, de la Volaille, des Fruits et Fleurs et de la Mar e, virant et voltant de la rue de la Reynie la Pointe Saint-Eustache, tandis que resplendissent, telles d' normes opales, les vitres incendi es de lumi re lectrique des quatre Pavillons. Hier matin elle tait toute fi vreuse, ne pouvait tenir en place, bousculant presque sa client le, elle ordinairement si placide, si accueillante, mais rien qu' voir ses yeux rouges et la crispation de toute sa pauvre figure tiraill e d'une envie de pleurer, on ne lui en voulait plus, madame Marie, et les habitu s compatissaient m me son gros chagrin Dame... songez donc... peine apr s dix mois de mariage, on lui prenait son homme, son amour de zouave... Une salet que le gouvernement lui faisait l de lui enlever Alfred pour les vingt-huit jours Ah c'est qu'elle l'avait dans le sang, son beau m daill du Tonkin, et elle jusqu'alors demeur e indiff rente et presque sage, la premi re fois qu'elle l'avait vu faraud, dans son costume de z phyr, au seuil du bureau de placement de la boucherie, a avait t le coup de foudre... Le coeur lui avait flott comme subitement d croch dans la poitrine et elle l'avait d sir et en m me temps aim d'amour." Extrait de La femme du vingt-huit jours. Une femme par jour de Jean Lorrain. dition annot e avec biographie de l'auteur et documents d' poque (en noir et blanc pour la version imprim e). Disponible au format num rique et livre broch .
Dans le Paris 1900, l' ther est une drogue la mode et Jean Lorrain, crivain et journaliste, succombe sa puissance hallucinatoire. Publi s en 1895, ses Contes d'un buveur d' ther trouvent leurs racines dans ses visions cauchemardesques. Au carrefour de son d lire d' th romane et de la sauvagerie des hommes, l' crivain d voile la r alit de l' me humaine d barrass e du vernis social, une me faite de pulsions, d'instincts d brid s et de bestialit , dans des nouvelles inspir e du fantastique morbide d'Edgar Poe. C'est l'invisible empli d'effroi que Jean Lorrain nous convie, l'horreur rampante tenace comme un remord, oppressante comme un cauchemar, une horreur qui envo te et fascine... Et avec une exaltation de maniaque dont on flatte la manie, il s'embarquait dans d'invraisemblables histoires de sortil ges et de possessions. Il avait mis devant le feu une bouilloire d'argent o mijotait un punch de sa fa on, dont, goguenardait-il, je lui donnerais des nouvelles, une recette du quinzi me si cle retrouv e dans ses bouquins. Dehors la pluie tombait verse, nos pieds la bouilloire commen ait chanter, et, envahi par le bien- tre, j' coutais comme dans une esp ce de r ve les moyenn geuses divagations d'Allitof, et nous en tions, je crois, un r cit de mandragore, ing nieux et joli comme un vrai conte de f e, quand Serge s'arr tait tout coup de parler et, devenu en m me temps d'une p leur de linge, il se levait de sa chaise comme mu par un ressort. Entends-tu ? et sa voix horriblement chang e tait celle d'un autre, on marche, on a march , ils marchent dans l' paisseur du mur. J' coutais en effet, un bruit de pas montait, tr s perceptible jusqu' l'appartement, mais il venait du dehors, on marchait sous les fen tres. Allitof tait toujours debout, le cou tendu, en proie une affreuse anxi t Tu entends ? et c' tait plus un fr missement des l vres que des paroles balbuti es. Certes oui, j'entends, mais te voil dans un bel tat pour un passant qui traverse la rue; ces murailles sont trangement sonores et voil tout . Je m' tais lev mon tour, les pas s' taient d'ailleurs loign s, puis perdus dans la nuit. Un passant dans la rue, ah tu crois cela, toi Et Serge avait un quivoque sourire. Je m' tais approch d'une fen tre et, cartant les rideaux, je plongeais maintenant sur la petite place: la pluie avait fait tr ve, et deux gardiens de la paix encapuchonn s jusqu'aux yeux en arpentaient le trottoir: Tiens, viens voir, les voil , tes pas Et quand Serge, le visage encore tout boulevers , eut regard comme moi, le m me trange sourire reparut sur ses l vres: Ah tu crois que ce sont eux, tu vois bien pourtant qu'on ne les entend pas. Et en effet la promenade silencieuse des deux hommes ne faisait aucun bruit, on ne les entendait pas. Contes d'un buveur d' ther de Jean Lorrain galement disponible au format num rique. dition annot e et illustr e (en noir et blanc pour la version imprim e).
Tom Quartz ditions. Sonyeuse est presque un roman; elle a toute l'ampleur d'une tude passionn ment et amoureusement fouill e de vie provinciale, d peignant, la grisaille des petites villes, leur charme teint, l'isolement des rues et tant de cloches dans l'air . Je connais peu d'oeuvres, par l' trange et p nible temps litt raire que nous traversons, qui donne mieux la sensation d'un art tr s simple et tr s grand, d'un art calme exerc dans la qui tude et l'heureuse paix du travail. Et l' tonnement, l'antith se, s'accentue, si l'on songe que l' crivain qui a fait passer travers les grandes pelouses, les grands jardins du pavillon de Sonyeuse les figures effac es, aux apparences de r ves, de lord et de lady Mordaunt, est le m me qui donne au jour le jour ces instantan s cruels et sataniques du parisianisme, l' crivain l'eau-forte dont la pointe troue, blesse et fait saigner, le sceptique et d sillusionn fantaisiste des Matins de Paris, ces petits chefs-d'oeuvre de pr cision et d'ironie. Cherchez bien dans le volume, cependant, vous y trouverez comme la trace - ou comme l'origine - des mordantes tristesses de R tif de la Bretonne; l'hallucination maladive y na t dans l'atmosph re vieillotte des chambres de province, y gagne ce charme secret du myst rieux rustique qui se meut dans l'ombre des pi ces hautes et vastes, des greniers - riant au jour, - des bosquets noirs la nuit, verts au soleil; c'est l qu'il prendra ces touches fantastiques qui p nombrent m me les plus exactes visions parisiennes, ce sens de l'occulte, du pas expliqu , qui donne toute son oeuvre un attrait pervers et capteur. Et avec tout cela, et par-dessus toute cette prose enrag e d'esprit et de luxure, plane la po sie de celui qui a fait, entre tant d'autres, les si jolis vers archa ques de l' Indiff rent, cette pi cette exquise dont la Revue a donn le premier acte et qui m'avait consol d'avance des Uns et des autres . Fran ois de Nion, Les Livres, La Revue Ind pendante. Tom Quartz ditions. galement disponible au format num rique.
"Je touchais l'homme l' paule. Il se tournait lentement vers moi. C' tait bien lui, H lie, gar on d'h tel. H lie, le gar on de l'h tel de la Prudence, Marseille, sa philosophie avertie et sa r signation d sabus e de pauvre h re en marge de la soci t , H lie et son doux je m'en foutisme de d class , depuis sa premi re enfance victime de l'injustice des pr jug s et des lois. H lie, quinquag naire pave de tout tablissement o l'on mange, o l'on aime et o l'on dort, H lie, tour tour plongeur, serveur, gar on d'h tel, gar on de caf , extra, gardien de villas, homme de peine et m me pisteur, des meubl s de Marseille aux garnis des halles et des rues chaudes de Toulon aux pensions de famille de Nice, tomb dans la mis re et l'h b tude o je le retrouvais. H lie C' tait bien lui. Il levait sur moi deux yeux de stupeur, deux yeux clignotants et noy s d'ivrogne, et, de sa voix tra narde, aux inflexions mouill es, o les fins de phrases tombaient avec un bruit flasque, une voix cul e comme une vieille semelle: - Eh bien oui, monsieur Jacques, c'est bien moi. Cette voix sp ciale ne me permettait plus un doute. D figur par la l pre ou masqu d'une cagoule, j'aurais reconnu entre toutes cette voix grasse et trou e comme une vieille conduite d' vier. Elle m'avait communiqu , cette inoubliable voix, tant de stup fiantes r flexions et tant d'impr vues histoires La m moire d'H lie, son imagination aussi, tait le rendez-vous des choses la fois les plus effroyables, les plus divertissantes et les plus baroques. Il y avait de tout dans sa vie: des souvenirs d'offices et des souvenirs de bouges, des relents de cuisines et de lupanars, des parfums de boudoirs et des moisissures de garnis. Dans sa vie, multiple et si remplie qu'elle en avait crev son enveloppe ext rieure devenue pareille une loque, H lie avait fr quent des voleurs, des banquiers, des chasseurs de cercles, des comtes du Saint-Empire, des femmes galantes, des filles soumises, des gar ons de bains, des mineurs des deux sexes, des cosmopolites et m me des messieurs du clerg , sans oublier les marchands de billets, les camelots et les danseurs de bal public. H lie avait m me t , je crois, vaguement, machiniste dans un th tre des boulevards ext rieurs, ou tout au moins gar on d'accessoires; sa m moire tait aussi peupl e que l'arri re-boutique d'un fripier." galement disponible au format num rique.
vous, mon cher Valdagne qui, dans la Confession de Nicaise, avez si cruellement indiqu l'inique oppression de l'argent, sa tyrannie dissolvante et sa f roce emprise sur la b tise hypnotis e des foules. vous l' vocateur de la petite bourgeoise aux app tits de catin, du mari l che et complaisant aux frasques lucratives de sa femme, et de l'amant moderne, associ de sa ma tresse et bon conseilleur des faiblesses qui le font vivre et du crime qui l'enrichira, je d die ce Crime des riches qui pourrait tre aussi le Crime d' tre riche, car les caprices monstrueux, n s de la veulerie et de l'ennui des millions usurp s, entra nent physiquement et physiologiquement toutes les tares, et, si le Crime des riches chappe la loi, prot g qu'il est par la l chet des gouvernements et des masses, la nature, elle, plus vraie que la soci t , donne l'exemple de l'anarchie en abandonnant les mis rables for ats du capital la folie et la honte des pires aberrations. Trouvez ici toute ma joie d'avoir pu les constater et tout mon orgueil de vous les offrir en hommage d'admiration et d'amiti . Jean Lorrain. La Pergola. Antibes. La duchesse d'Ebernstein-Asmidoff serait heureuse de recevoir M. Henri de Bergues la Pergola. Elle lui serait m me reconnaissante de vouloir bien ne pas trop diff rer sa visite. La duchesse sera chez elle le lundi, le mercredi et le vendredi de la semaine prochaine, de trois sept. M. Henri de Bergues sera le bien venu. Inutile que M. Henri de Bergues pr vienne la duchesse de sa visite. On ose absolument compter sur lui. Le billet laissait le jeune homme r veur. La Pergola, la duchesse d'Ebernstein-Asmidoff. De Bergues ne connaissait que trop de r putation la ch telaine de la Pergola. Ses d portements taient depuis dix ans la fable et le scandale de la Riviera; le domaine d'Antibes avait lui-m me sa l gende. On y montrait la place o le comte Zicco, un des amants de la duchesse, s' tait tu dans une chute de cheval, et cela dans une des all es du parc. La monture emball e avait but contre un cactus g ant, et l'homme d sar onn , pris entre sa b te et les dards ongl s et coupants de la plante, tait mort. La duchesse avait fait enterrer son amant la place m me du d sastre. En Riviera on ne refuse rien aux millions et surtout aux millions des personnalit s princi res, et la duchesse tait par sa m re une Scatelberg-Emerfield. De branche allemande, elle avait pous seize ans le duc d'Ebernstein-Asmidoff qu'on disait impuissant. Les Asmidoff n'avaient pas d'enfants. A la cour de Finlande on avait tout d'abord excus les carts de la jeune femme, mais le scandale de ses caprices avait pris un tel retentissement, que le grand-duc r gnant avait d prier le jeune m nage d'aller donner ailleurs le spectacle de ses fantaisies. La Riviera en avait h rit . Depuis dix ans cette Allemande, qui devait avoir maintenant d pass la quarantaine, trouvait moyen d' tonner la C te d'Azur; et la c te est pourtant assez blas e sur les excentricit s de ses h tes. (...) Cette Allemande tait une passionn e, mais elle avait la main malheureuse et ses amants avaient des fins assez tragiques. Ses amants... c'est- -dire on en citait deux, le Hongrois, le comte Zicco, mort si malencontreusement la Pergola dans une promenade matinale, et le beau chevalier Contaldini, tomb dans une crevasse pendant un s jour du duc et de la duchesse Saint-Moritz. Le nouvel amant accompagnait, cet t -l , le couple dans les Alpes. La duchesse tait, bien entendu, trang re tous ces tr pas, et jamais un soup on ne l'avait effleur e, mais elle en gardait une aur ole sinistre. Dans le pays cette exsangue et maigre duchesse Wilhena passait pour avoir le mauvais oeil. On lui pr tait d'autres aventures. Extrait de La Riviera. dition annot e et illustr e (en noir et blanc pour la version imprim e) galemen
Ces yeux introuvables sous les paupi res humaines, pourquoi les vois-je dans les statues ? Ce matin, dans la salle du mus e affect e aux fouilles d'Herculanum, la chose bleue et verte dont je souffre, la dolente et p le meraude qui m'obs de m'est clairement apparue dans les yeux de m tal, les yeux d'argent bruni des grandes statues de bronze, que la lave a noircies et rendues pareilles des d esses infernales. Il y a l , entre autres, un N ron questre dont les aveugles yeux terrifient, mais ce n'est pas dans leurs orbites que j'ai retrouv le regard. Il y avait, rang es contre les murs, de grandes V nus drap es de p plum et pareilles des Muses, mais des Muses fun bres, des grandes V nus de bronze calcin et comme l preuses par places, dont les yeux fulguraient, splendidement vides, dans leur masque de m tal noir. Et c'est dans le vertige de ces prunelles vides et fixes que j'ai vu tout coup monter le regard. dition annot e et illustr e (en noir et blanc pour la version imprim e) galement disponible au format num rique
Dans ce recueil de nouvelles, c'est Jean Lorrain, le journaliste et chroniqueur mondain d voilant les secrets de fortune et d'alc ve du tout-Paris 1900 dans les pages du Courrier Fran ais et de l'Echos de Paris, qui dresse le portrait de quelques hommes: vies mouvement es de vils s ducteurs et de chasseurs de dot, menteurs accomplis, amants d sillusionn s, maris infid les, artistes ambitieux... auxquels les femmes succombent passionn ment. Chaque nouvelle offre un instantan cruel, petit chef-d'oeuvre virulent et ironique sur la s duction et ses trahisons. Un homme venait d'entrer. Tr s grand, la taille merveilleusement mince et souple dans la cambrure exag r e de l'habit noir, muscl pourtant, comme l'attestait la vigueur des mains qu'il venait de poser sur le bord de la loge; des mains d'aventuriers aux doigts spatules et forts qu'aucun bijou ne d non ait aux regards; la t te classique et d'une r gularit presque irritante tait celle d'une tude italienne. (...) Sauf les cheveux noirs trop lustr s et pommad s, l'homme tait d'une l gance impeccable; une femme l'accompagnait, une Italienne comme lui en juger par son type sinueux et morbide de brune cruelle. C' taient les m mes l vres rouges, la m me p leur mate, le m me front ent t , troit et bestial sous les grappes savamment ondul es des cheveux noirs; mais la flexibilit de la taille et du cou ravissait. Avec des ondulations de vip re, la femme venait de glisser et mergeait enfin nue d'un merveilleux manteau de soir; elle s'asseyait maintenant. Elle a de bien belles perles hasardait, apr s un coup de lorgnette un des quatre habits noirs. - Et de plus belles meraudes, tait-il ripost , avez-vous regard ses prunelles ? La marquise a les plus splendides yeux verts et le rare est que les cils en sont noirs; d'ailleurs ils sont gris le matin, ce sont des yeux d'eau changeante. - Elle est marquise? - Comme il est prince. Le couple se vaut, elle sera peut- tre duchesse demain. - Pas mari e alors ? Bah ils le seront peut- tre cet hiver Nice, quoique Nice soit bien pr s d'ici. Pour les besoins de la cause ils sont tour tour mari et femme, fr re et soeur ou amant et ma tresse, cela d pend du ponte... dition annot e et illustr e (en noir et blanc pour la version imprim e) galement disponible au format num rique.
Tom Quartz DITIONS (c) Ce myst rieux Anglais me tient sous un charme, je ne peux plus me passer de lui. Depuis que je le connais, la pr sence des autres m'est devenue plus intol rable encore, leur conversation surtout Oh comme elle m'angoisse et comme elle m'exasp re, et leur attitude, et leur fa on d' tre ... Les gens de mon monde, mes tristes pareils, comme tout ce qui vient d'eux m'irrite et m'attriste et m'oppresse, leur vide et bruyant bavardage, leur perp tuelle et monstrueuse vanit , leur effarant et plus monstrueux go sme, leurs propos de club Le ressassage des opinions toutes faites et des jugements appris, le vomissement automatique des articles lus, le matin, dans les feuilles et qu'on reconna t au passage, leur d sesp rant d sert d'id es, et l -dessus l' ternel plat du jour des clich s trop connus sur les curies de courses et les alc ves des filles... et les loges des petites femmes Les petites femmes... autre loque de langage, la sale usure de ce terme avachi ... O mes contemporains, mes chers contemporains... leur idiot contentement d'eux-m mes, leur suffisance panouie et grasse, le stupide talage de leurs bonnes fortunes, les vingt-cinq et cinquante louis sonnant de leurs prouesses tarif es toujours aux m mes chiffres, leurs gloussements de poules et leurs grognements de porcs, quand ils prononcent le nom de certaines femmes, l'ob sit de leurs cerveaux, l'obsc nit de leurs yeux et la veulerie de leur rire Beaux pantins d'amour en v rit , avec l'affaissement esquint de leurs gestes et le d mantibul de leur chic (le chic, un mot hideux qui sied comme un gant neuf leur allure, affal e, de croque-morts, panouie, de Falstaff)... (...) Pourquoi Ethal a-t-il veill en moi ce d cha nement de haine ... Certes, cette horreur des hommes, cette abomination des mondains surtout, je les ai toujours eues en moi, mais comme assoupies et couv es sous la cendre, latentes... Mais depuis que je le vois, c'est comme un ferment qui s'aigrit et bouillonne, une fureur me soul ve tout, comme un vin nouveau, un vin d'ex cration et de haine; tout mon sang bout, toute ma chair me fait mal, mes nerfs s'exacerbent et mes doigts se crispent, des envies de meurtre traversent mon cerveau... Tuer, tuer quelqu'un, oh comme cela m'apaiserait, teindrait ma fi vre... et je me sens des mains d'assassin. Si c'est l la gu rison promise et pourtant la pr sence et la conversation de Claudius me sont un bien- tre, sa pr sence me rassure et sa voix me calme... Depuis que je le vois, les figures d'ombre qui grima aient autour de moi sont moins distinctes, je n'ai plus l'obsession lancinante des masques, ... et le vertige des yeux verts, des glauques prunelles de l'Antino s s'est vanoui ... Les yeux, les yeux, je n'ai plus la folie des yeux, cet homme a enchant mon mal; sa conversation est d'un tel charme, c'est un tel veilleur d'id es, ses moindres phrases trouvent en moi de tels chos. Ce sont mes pens es, m me les plus lointaines, les pas encore n es, celles que je ne soup onnais pas, que sa parole voque et fait na tre. Ce myst rieux causeur me raconte moi-m me, donne un corps mes r ves, il me parle tout haut, je m' veille en lui comme dans un autre moi plus pr cis et plus subtil; ses entretiens m'accouchent de moi-m me, ses gestes fixent mes visions, et je lui dois la lumi re et la vie. Il a dissip , cart mes t n bres; des spectres ne m'y menacent plus. Et pourtant cette haine atroce et cette fureur de meurtre qui grandissent C'est une des phases de ma gu rison, peut- tre, car je gu rirai, Claudius me l'a promis. Livre broch ISBN 978-1505627831 galement disponible au format num rique.
Monsieur A ss , tu ne connais pas monsieur A ss ? Quel Parisien de province tu fais Jones Invernesteers, le marchand de chevaux du boulevard Haussmann, le fameux bookmaker du proc s des paris mutuels que l'ordonnance Constans a failli ruiner, tu ne connais pas Invernesteers ? Mais c'est une physionomie parisienne qu'il est impardonnable d'ignorer. C' tait dans l'avenue du Bois: nous remontions tranquillement vers l'Arc de Triomphe, mon ami de Guery et moi, quand, la hauteur de l'ancien h te d'Aquila, un mail de courses, un attelage superbe d'ailleurs et conduit haut la main par un fort beau gar on, nous avait cingl s d'un nuage de poussi re. Ultra-chic, ce mail, les chevaux fleuris de roses jaunes la t ti re, des gourmettes tincelantes, les mors nickel s, et sur l'imp riale toute une envol e d'ombrelles de gaze rouge et de toilettes claires, jabotantes et haut perch es: le conducteur nous avait fait un grand salut, le chapeau gris lev tr s en l'air, comme d tach au dessus de la t te. Invernesteers ? Certes, oui, je connaissais ce nom d'Invernesteers pour l'avoir cent fois lu imprim dans le Sport et les comptes rendus des courses; je connaissais aussi cette jolie figure de spadassin roux, un spadassin s'emp tant d j , pour l'avoir autant de fois crois et rencontr soit Auteuil, soit l'Omnium et au retour du Bois, mais j'en avais fait un clubman quelconque. La mise correcte, la grande tournure et l'air un peu hautain du personnage me l'avaient fait ranger au nombre des fils de bonne famille qui, selon les moeurs accept es d'aujourd'hui, partagent leur fort honorable existence entre les paris de courses et les chances du baccarat. - Oui, en effet, ricanait de Guery, l'apparence y est. Il a tout d'un pur de l'aust re faubourg, le joli Invernesteers, la froideur voulue, le coup de chapeau haut, enlev (tu l'as vu me saluer tout l'heure), le teint clair et lav de l'homme qu'un valet styl douche et rase deux fois par jour, tout en v rit , les mains souples et soign es, la moustache fris e au petit fer, la cravate discr te et jusqu'au complet ardois du tailleur de Londres, fleuri jusqu' midi seulement d'une rose jaune, l' t ; de violettes russes, l'hiver. Quelques hommes, extrait.
Le mois d'ao t a sonn le glas de ses succ s: le petit prince Spa, le gros marquis Aix, Gaston, Guy et Gontran dans de vagues retraites, trous de falaise ou hameaux de montagnes, o ils refont au vert leurs budgets et leurs moelles, Fleur-de-Chic, que sa m diocrit retient au rivage, n'ira plus d'ici trois mois cette grille du Bois, t moin, tout ce printemps, de ses flirts princiers. tait-elle assez charmante ce dernier mois de mai, quand drap e de souples foulards des Indes, adorablement mince et Parisienne sous d'immenses chapeaux de dentelles fonc es, elle arpentait, flanqu e d'un escadron volant de jeunes et de vieux seigneurs, le Cercle des Pan s et l'all e de la Plage. L'oeillet jaune la boutonni re, le stick pomme d'or la main, tous mis peindre dans leur complet fleur-de-p che ou poussi re, quel cadre ils faisaient tous ses l gances subtiles. C' taient des haltes au Pavillon Chinois, des rendez-vous pris pour le soir au pavillon d'Armenonville, des luncheons chez Gag , des saillies d'atelier, des potins de coulisses soulign s d'une fus e d' clats de rire, ou bien quelque grosse inconvenance chuchot e dans sa nuque et alors accueillie par deux grands yeux d'enfant, si stupidement na fs que tous ces messieurs en avalaient leur canne et la d claraient crever. Na ve ? Au fait peut- tre: un esprit de rapin, un bagout de modiste et au fond une grande ignorance de la vie et des hommes, une r elle honn tet . Jolie ? non, mais pire: une grande bouche, un grand nez, de la maigreur et je ne sais quelle gaucherie de cavale d gingand e, mais les yeux les plus touchants du monde, long fendus, longs cill s, la fois hardis et candides et si facilement mouill s de larmes que la raillerie en demeure d sarm e. De la fra cheur ? non, de la poudre et des poudres, mais une ligne de cou, une nuque de femme de Watteau, une fa on elle de relever l -dessus des cheveux ch tains, h las oxyg n s, et, travers ce m lange heureux parfois de naturel et d'artifice, une gr ce, une souplesse, une harmonie inattendue d'attitudes et de gestes, faisant de cette poup e du quartier de l' toile une d licieuse cr ature d'Helleu. Une femme par jour, extrait.
O roulions-nous maintenant, tass s dans l'ombre de ce fiacre extraordinairement silencieux, dont les roues, pas p us que les sabots du cheval, n' veillaient de bruit sur le pav de bois des rues et le macadam des avenues d sertes ? O allions-nous le long de ces quais et de ces berges inconnues peine clair s et l par la lanterne falote d'un antique r verb re ? Depuis longtemps d j nous avions perdu de vue la fantastique silhouette de Notre-Dame se profilant de l'autre c t du fleuve sur un ciel de plomb. Quai Saint-Michel, quai de la Tournelle, quai de Bercy m me, nous tions loin de l'avenue de l'Op ra, des rues Drouot, Le Peletier et du centre. Nous n'allions m me pas Bullier, o les vices honteux tiennent leurs assises et, s' vadant sous le masque, tourbillonnent presque d moniaques et cyniquement avou s les nuits de mardi-gras, et mon compagnon se taisait. Au bord de cette Seine taciturne et p le, sous l'enjambement de ponts de plus en plus rares, le long de ces quais plant s de grands arbres maigres aux branchages cart s comme des doigts de mort une peur irraisonn e me prenait, une peur aggrav e par le silence inexplicable de Jakels; j'en arrivai douter de sa pr sence et me croire aupr s d'un inconnu. La main de mon compagnon avait saisi la mienne, et, quoique molle et sans force, la tenait dans un tau qui me broyait les doigts... Cette main de puissance et de volont me clouait les paroles dans la gorge et je sentais sous son treinte toute vell it de r volte fondre et se dissoudre en moi; nous roulions maintenant hors des fortifications, par des grandes routes bord es de haies et de mornes devantures de marchands de vins, guinguettes de barri res depuis longtemps closes; nous filions sous la lune qui venait enfin d' corner une bande de nuages et semblait r pandre sur cet quivoque paysage de banlieue une nappe gr sillante de mercure et de sel; ce moment il me sembla que les roues du fiacre, cessant d' tre fant mes, criaient dans les pierrailles et les cailloux du chemin. C'est l , murmurait la voix de mon compagnon, nous sommes arriv s, nous pouvons descendre, et comme je balbutiais un timide: O sommes-nous ? - Barri re d'Italie, hors des fortifications, nous avons pris la route la plus longue, mais la plus s re, nous reviendrons par une autre demain. Les chevaux s'arr taient et de Jakels me l chait pour ouvrir la porti re et me tendre la main. Contes d'un buveur d' ther, extrait.