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27 kirjaa tekijältä Marcelle Tinayre
Reproduction de l'original. La maison d' dition Megali se sp cialise dans la reproduction d'oeuvres historiques en gros caract res afin de faciliter la lecture aux personnes dont la vue est r duite.
Reproduction de l'original. La maison d' dition Megali se sp cialise dans la reproduction d'oeuvres historiques en gros caract res afin de faciliter la lecture aux personnes dont la vue est r duite.
« Mon enfance appara t dans ma m moire comme ces paysages d'aube o quelques cimes, mergeant de la vapeur qui flotte sur les vallons et les plaines, semblent suspendues entre terre et ciel. Ainsi devant moi se l vent confus ment les images du pass , parses, resplendissantes, travers un brouillard d'aurore...C'est une plaine de la France m ridionale, un vaste horizon ferm par des coteaux. C'est une rivi re qui roule des eaux jaunes entre des p turages, des bruy res, des ch taigniers. C'est une ville toute en briques roses, domin e par un clocher roman. C'est la maison o j'ai v cu, orpheline, pr s de ma tante Ang lie de Riveyrac et de son fr re Sylvain...
« Ce livre que je voulais crire pour les femmes, je m'aper ois, en le terminant, que je l'ai peut- tre crit pour les hommes, pour ceux du moins qui s'int ressent encore leur compagne, et cherchent, sous les aspects nouveaux de l' ve moderne, le fonds essentiel et permanent du F minin. On ne trouvera, dans ces pages, ni un plaidoyer pour la femme, ni un r quisitoire contre la soci t , ni un cahier de revendications, ni une th se f ministe, ni une le on de morale. Il n'y sera m me pas question du droit de vote et des progr s accomplis, dans tous les domaines, par des contemporaines minentes. Cela, qui a t fait, et bien fait, n'entre pas dans le sujet que j'ai choisi. Moins vaste en tendue et plus profond, c'est une tentative d'explication de la femme, l'histoire de son imagination et de sa sensibilit , l'aventure de son coeur, de l'enfance la vieillesse...
«... Madame Ange essuie ses yeux et parle, en turc, la dame de Salonique qui, domin e par l'habitude, a crois ses jambes sur le divan. Elle comprend tr s bien la r solution de madame Ange, et moi aussi, je la comprends. Ah si l'on connaissait le secret des actions d concertantes que commettent les femmes ... H ro smes, infamies, bizarreries, contradictions, d cisions soudaines, extravagantes ou sublimes, tout a, au fond, c'est des histoires d'amour. Quand une dame se jette tout coup dans la d votion, ou dans la politique, ou dans la charit , ou dans la galanterie, c'est peut- tre parce que son Djavid Pacha, elle, son poux ador , l'a tromp e avec la bonne ...
«... Six heures: exode des b b s, des mamans, des nourrices. Les bonnets pavoises, les petites voitures s' parpillent, et sous les marronniers on trouve maintenant beaucoup de bancs libres, orn s de cailloux sym triques et de tas de sable, avec de petites pelles en bois, oubli es. La charrette aux ch vres fait sa derni re promenade et la marchande de coco range ses verres et ses citrons. La terrasse, autour du kiosque de la musique, entre l'Orangerie et la Fontaine M dicis, appartient aux rapins du quartier, aux mod les, aux tudiants cr oles, n gres et demi-n gres, plus exil s d' tre en vacances; aux femmes, veuves de leurs amants, qui attendent l'aventure pendant la morte-saison de l'amour...
«... La main dans la main de mon tuteur, je descendais l'escalier de la gare, toute petite dans les v tements noirs du premier deuil. De la ville norme, des masses r guli res des maisons o le couchant incendiait les enseignes dor es, des vastes perspectives rayonnant autour de la place centrale, il m'est rest de confuses sensations d' tendue, de bruit, de mouvement, et sur l'ardoise violette des toits, sur les platanes effeuill s, sur la foule bariol e ou sombre, la gloire fantastique d'un ciel vert travers de flammes roses. Mon tuteur, d j vo t , me conduit doucement, sa bonne face placide alourdie de m lancolie. Puis mes souvenirs deviennent vagues. Je revois un escalier, une antichambre obscure et soudain le luxe d'un salon blanc et or o une grande femme blonde tente vainement de m'embrasser...
«... Pourquoi donc rendre la lumi re ces pages crites nagu re avec la hardiesse ing nue de l'inexp rience ? Je r pondrai bien sinc rement que je n'aurais pas os republier la Ran on si cet ouvrage imparfait m'avait paru tout fait m diocre. Il contient un petit drame de conscience dont le d nouement et les conclusions me semblent aujourd'hui tr s discutables, mais qui touchera n anmoins quelques mes tendres et scrupuleuses. Je les prie d'accueillir avec indulgence cette histoire de deux amants inf rieurs leur id al, sup rieurs leur destin e, faibles devant la douleur d'autrui, et contraints au st rile sacrifice de leur grand et bel amour, parce qu'ils ont pr f r le « bon mensonge la v rit lib ratrice...
« La pluie et le soleil brillaient ensemble sur les ardoises grises du S nat. Rue de M dicis, l'asphalte miroitait; les arbres nus secouaient des gouttes cristallines. Une vitre, au dernier tage d'une maison, s'alluma. L'averse, in gale et fra che, dans le cr puscule d'argent, tait d j printani re.Josanne, brune, svelte et vive, avec sa robe de drap noir, sa toque noire, sa cravate de tulle blanc, semblait la premi re hirondelle de ce printemps qui allait venir.Elle tenait sa jupe de la main gauche et, de la main droite, son parapluie ouvert. L' toffe souple, tir e, tendue de c t , moulait la jolie taille et les jolies hanches. Le volant du jupon, en taffetas pliss , d couvrait les minces bottines. Toute la personne de Josanne avait un air de hardiesse d fensive, la libre allure qui r v le la fille mancip e ou la femme sans poux, -- seule dans la rue, seule dans la vie...
«... Elle allait et venait dans la salle, l'air r serv , parlant peu. Sa coiffe de mousseline, aux ailes abattues, palpitait chacun de ses pas et tremblait sur sa joue. Elle encadrait si chastement ce jeune visage et mettait sur les yeux bleus une ombre si douce, o s'estampait l'ombre plus chaude des cils... Deux l gers bandeaux d'un brun tr s sombre se relevaient sur les tempes o couraient des veines d'azur. L'ovale allong , la ligne droite des fins sourcils, la fra che p leur des joues s'harmonisaient avec la s v rit du costume monastique. Et Robert voquait le souvenir des jeunes religieuses qui, dans les tableaux de saintet , servent les mendiants et les malades et portent le pain de l'aum ne dans leurs mains blanches comme des lis. Il admirait les beaux plis mouvants de la robe, le profil d licat, le r ve extatique du regard et le charme suave qui manait de cette cr ature si fine, si fr le, si grave...
«... Elle d couvrit enfin son visage, et, soulev e demi, les mains tendues vers Ugo, elle le conjura de rester, et promit d' tre sienne. Son sein palpitait sous le plissement de la guimpe, dans l' chancrure du velours. Ses cheveux coulaient sur ses tempes petites ondes l g res, presque rousses, et le rubis de la mince ferronni re avivait l' clat des yeux noirs. L'atmosph re chaude et myst rieuse qui baigne les belles mortes, dans les tr s anciens tableaux, cette p nombre surnaturelle o r vent les femmes du Vinci, chaque geste de l'Alberi semblait la cr er autour d'elle. Une manation de beaut , irradiant de son visage, de sa robe, de ses mains, de sa bouche douloureuse, transfigurait, pour un instant, la laideur du d cor, la vulgarit du partenaire, -- et Clarence revivait le plus poignant des songes...