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76 kirjaa tekijältä Richard O'Monroy
Extrait LA VENGEANCE DE PARDAILLAN LE R VEILLON Ils taient quatre qui ne voulaient pas se battre, - bien qu' certains jours ils en eussent de furieuses envies, - mais qui d siraient ardemment Rinalba, la fantasque ballerine: Pardaillan, un peu avare; Grangeneuve, un peu toqu ; Fontenoye, un peu bruyant, et Chambreuil, un peu fatigu ; mais tous quatre tr s l gants, tr s jolis gar ons et tr s riches... ce qui n'a jamais rien g t . Assis c te c te dans les fauteuils r serv s au cercle des Truffes, ils ne manquaient jamais une repr sentation du ballet o la danseuse, dans le pas de la toque, faisait courir tout Paris, accompagnant du bruit des castagnettes les d hanchements de son corps flexible. Il y avait surtout un certain moment ... Son buste cambr se renversait en des poses adorables, avec des yeux p m s et des l vres entrouvertes par un sourire bizarre, - et la salle enti re tait emport e dans un r ve aphrodisiaque, un pays f erique travers de gazes, de tutus et de maillots roses. ce petit jeu-l , nos clubmen devenaient litt ralement fous. Ils taient re us non seulement dans la loge de l'artiste, o ils se grisaient de la lourde odeur des fards, du parfum des jupes dans une flamb e crue du gaz, mais aux petits cinq heures, celle audience quotidienne o , dans son h tel de la rue Fortuny, la Rinalba, tendue sur une peau de tigre, daignait donner la r plique des d put s, des s nateurs, des ministres, des ambassadeurs, et m me un mar chal de France.
CH TEAU ET CHAUMI RE Il e t t assez difficile de dire si Nita pr f rait le sous-lieutenant Larmejane au capitaine Pouraille. Larmejane tait tr s gentil avec ses cheveux drus, son teint rose et ses petites moustaches blondes retrouss es en chat; mais Pouraille, celui qu'on appelait le beau Pouraille aux Cent-Gardes, tait encore fort bien avec son torse d'Hercule, sa voix sonore, son teint p le, ses majestueuses moustaches noires. La v rit m'oblige dire que Nita accordait ses faveurs alternativement aux deux officiers avec une impartialit touchante. C'est m me cette impartialit qui d sarmait Pouraille, assez sceptique de sa nature, et, ma foi, pourvu que la blonde enfant le re ut toujours bras ouverts lorsqu'il venait la voir rue Murillo, pourvu que l'on ne fit pas attendre plus du temps moralement n cessaire l'ouverture lente d'une porte, il voulait bien fermer les yeux sur les incartades de sa prot g e vis- -vis d'un inf rieur. - Au moins, a ne sort pas de l'arme, disait-il en souriant; bien mieux, a ne sort pas de l'escadron Larmejane avait en effet l'honneur d'appartenir au 3e escadron du 15e cuirassiers, escadron command par le beau Pouraille. Cependant les grandes manoeuvres approchaient, et, une fois d tach dans un petit village, il tait bien vident que le partage allait devenir impossible. Paris, l'on peut tre cens tout ignorer, mais Gallardon, village de huit cents mes o l'escadron devait cantonner, on ne pouvait plus admettre une promiscuit absolument nuisible au prestige du commandement.
Extrait UNE PAGE D'AMOUR I La deuxi me colonne du 30e dragons, colonne dans laquelle se trouvait l'escadron du beau Pouraille, venait, trompettes en t te, d'entrer Marlotte. Direction les grandes manoeuvres. On tait encore dans tout le tohu-bohu de l'arriv e. Sur la grande place, clair e par un beau soleil, le capitaine charg du logement expliquait au colonel ravi tous les agr ments du petit village de Marlotte, endroit ravissant entour de sites pittoresques, rempli de peintres ayant amen avec eux joyeuse soci t . Ce qui permettait d'esp rer bon souper, bon g te... et peut- tre le reste. Le colonel, du haut de son cheval, coutait avec un air de satisfaction profonde, et jetait un regard distrait sur le papier o tait consign le prix du lard. Pendant ce temps les fourriers affair s, leurs billets de logement la main, couraient de l'un l'autre ne pouvant r pondre la fois toutes les questions Suis-je bien log ? Mes chevaux sont-ils avec moi? Combien ai-je d' curies pour mon peloton? Toujours chez le cur Chez monsieur le maire - Que le diable vous emporte etc., etc. Enfin l' parpillement se fit graduellement; les dragons mirent pied terre avec un grand bruit de bottes, d' perons et de sabres tra nant sur le pav , puis chacun, d'un pas alourdi, se dirigea vers son g te en tenant son cheval par la bride. Devant la grande porte de l'h tel il ne resta bient t plus que le colonel et le capitaine Pouraille donnant des ordres son mar chal des logis chef. L'h tel tait tr s pittoresque avec son enseigne du Lapin qui se rebiffe, tableau bizarre repr sentant un lapin tenant en respect un gros cuisinier tr s p le. Aux fen tres mi-closes, derri re les persiennes vertes, apparaissaient de petites t tes bouriff es, vu l'heure matinale, et qui devaient sans aucun doute appartenir aux compagnes plus ou moins l gitimes de MM, les peintres.
Extrait O CELA M NE La voil bien, la vanit humaine Ah que la voil bien Shakespeare. C' tait l'autre soir au caf Anglais - un d ner un peu triste, car il s'agissait de faire nous adieux Isidore Boujard, ruin en un rien de temps par Sylvia de Frosnes, apr s avoir t pendant pr s de deux ann es un de nos plus joyeux compagnons de f te. - Alors, demanda l'un de nous c'est d cid , vous partez pour San Francisco? - Oui, mon bon. Je vais essayer l -bas je ne sais quel commerce de vente de boeufs et de chevaux avec les quelques billets de mille francs - une dizaine pas plus - qui restent des six millions laiss s par papa Boujard. Ah a a vite fil . - Mais, objecta Berthecourt, expliquez-nous un peu ce coup de folie. Sylvia est agr able sans doute... cependant, saperlipopette, six millions, c'est une somme. - Ah mes amis, c'est que vous ne connaissez pas la puissance de l'amour-propre, de la vanit chatouill e au bon endroit. Je pourrais commencer mon histoire par la phrase classique: N d'une naissance obscure, et ces quatre mots seraient l'explication de tout mon roman. - Explique-toi. - Oh c'est bien simple. Vous autres vous avez eu la chance de na tre avec un nom, un titre, ou tout au moins une excellente position sociale. Moi, j' tais simplement Boujard, Isidore Boujard, fils et successeur de Fran ois Boujard, inventeur du sommier automatique - une invention merveilleuse qui avait permis au papa de me laisser une fortune consid rable. Aussi, d s que j'atteignis vingt et un ans, je n'eus rien de plus press que de vendre la bo te papa, ce qui tait une grosse faute, de r aliser mon avoir, et de me lancer dans ce qui s'appelle la grande vie. Que voulez-vous? cet ge-l , tout le monde ne peut pas se faire fourrer la Conciergerie.
Extrait PARTIE ET REVANCHE I Certes, on ne s'ennuyait pas sur la passerelle r serv e de l' clair, bateau vapeur qui fait le service entre Trouville et le Havre. D'abord le temps tait magnifique; la mer, sans tre bien m chante, moutonnait par coquetterie, et semblait fris e au petit fer, avec des boucles d'un blanc d'argent. Le bateau tait encombr d'une foule nombreuse se rendant aux courses de Deauville; l'avant surtout, le public tait des plus l gants, et plusieurs petites femmes, en costume de foulard jaune et rouge, grands dessins, assises sur des pliants, s' taient accot es, pour plus de s ret , contre le dos de complaisants voisins. On venait peine de sortir du port, et tout le monde tait tr s gai; du haut de la passerelle r serv e, Maxence, Boisonfort et plusieurs amis du Cercle regardaient au-dessous d'eux ce spectacle si parisien; d j ils avaient aper u Juliette de Montlh ry, Petrola, de la Renaissance, entour es de nombreux amis; puis, accoud e pr s de la proue, la grande Alice Beauvoir qui, chose extraordinaire, n' tait pas accompagn e de son ins parable Palam de.
Extrait LE LOUIS L'autre jour, je rencontrai sur les boulevards mon excellent ami le docteur Tavernost. Tr s moderne, Tavernost; plus rien du m decin vieux jeu qu'on voit encore au th tre avec la figure glabre, la chevelure longue, la cravate blanche et la canne pomme d' b ne. Il a, lui, les cheveux en racine droite, la barbiche en pointe, la moustache sarcastique, et sur sa redingote de coupe impeccable brille un ruban de la L gion d'honneur, modeste, peine perceptible. Bref, tait-ce le docteur, tait-ce l'homme qui plaisait? Je ne sais; mais il n'en tait plus compter ses bonnes fortunes, et volontiers il e t dit en montrant ses dents blanches et en riant, comme Geoffroy dans le Homard: Quel joli m tier que celui de docteur Et si facile ... Ce jour-l , cependant, il avait l'air absolument ahuri et ses yeux hypnotis s ne quittaient pas un louis d'or sur sa main largement ouverte. - Ah a lui dis-je, qu'est-ce que tu fais ainsi camp immobile en plein boulevard, et pourquoi t'amuses-tu contempler cette pi ce de vingt francs? - Pourquoi? me dit-il d'un air sombre. Parce que ce louis que tu vois est le prix du d shonneur. - Allons donc - C'est- -dire qu'il me semble sentir pousser sur mes tempes les rouflaquettes de rigueur et que je crains chaque instant de voir mon chapeau haut de forme se transformer en casquette trois ponts. Oui, mon ami, depuis cinq minutes, ton ami le docteur Tavernost, professeur agr g la Facult de m decine, membre du conseil g n ral de l'Orne, chevalier de la L gion d'honneur... est un simple Alphonse....
Extrait LE SERMENT DE L O Ce n' tait pas sans une certaine m lancolie que notre ami Bertrand de Comfort errait sur les planches de Trouville. Arriv depuis trois jours sur cette plage renomm e pour ses aventures faciles, il n'avait pas encore trouv l' me soeur de la sienne, et dame pour Bertrand, trois jours d'abstinence tait un grand maximum que sa constitution et sa conscience l'emp chaient de d passer. O taient-elles les belles l gantes de jadis: Raumesnil, Serka, Mignoret, Dubarry, Malabarre? Aix peut- tre, ou simplement l'Exposition de Paris. Cependant, une semaine des courses, une grande semaine, c'est sacr , on n'a pas le droit de d serter la pelouse de Deauville-les-Bains. Il en tait l de ses r flexions lorsque, devant le kiosque des journaux, il se heurta une petite femme, v tue de cachemire blanc, avec un chapeau canotier camp dr lement en arri re sur sa t te blonde et toute frisot e. - L ontine Thiron - Bertrand - Toi Ah si je m'attendais... Non, si je m'attendais Il s'arr ta, se rappelant que la phrase tait de Dupuis dans les Brigands, - c'est tonnant comme les onomatop es de cet acteur sont entr es dans le langage courant - mais il tendit ses deux mains L ontine avec une vraie joie. L o Trouville Mais alors on tait sauv . Et il revoyait un printemps charmant pass en compagnie de cette jolie fille, avec promenades cheval, d jeuner Armenonville, excursions dans la rue du Caire et d ners sur la tour Eiffel; un tas de rendez-vous tr s gais, tr s pimpants, dans un cadre tr s ensoleill et qui lui avaient laiss de bons souvenirs.
Extrait UNE NUIT D'ORGIE LA TOUR Grande dame ou courtisane? (la Tour de Nesle). I Suivant sa vieille habitude, le vicomte de Pignerolles avait quitt , au mois de mai, son ch teau de la Ch taigneraie - par Saint-Maixent (Deux-S vres) - pour venir passer, Paris, un mois plein de folles ivresses, et, comme toujours, il avait charg son ami Brionne de le piloter et de le faire inviter partout. Aussi, lorsqu'il apprit que P ricl s donnait une nouvelle f te v nitienne, il n'eut cesse que Brionne ne lui e t obtenu une invitation. Ce fut donc avec une v ritable joie qu'il re ut un v lin parfum , orn d'une troublante silhouette de flamme, sphinx myst rieux et charmant aux grands yeux de velours noir, divinit masqu e donnant le d sir fou de chevaucher sur sa croupe polie comme celle des Chim res antiques. Il y avait crit au-dessous, en caract res gothiques: Monsieur P ricl s prie le vicomte de Pignerolles de lui faire le plaisir de venir passer la soir e chez lui le vendredi 7 mai. La beaut sous le masque est de rigueur. Et imm diatement, enthousiasm , le bon Pignerolles se rappela ces f tes merveilleuses, ces redoutes dont on avait tant parl vers la fin de l'empire, o mondaines, com diennes et demi-mondaines se trouvaient r unies, o dans des buen retiros myst rieux, on chantait tout bas l'oreille des versets du Cantique des Cantiques, o le mot d'ordre courant de bouche en bouche tait: Volupt ... Apr s avoir bien cherch dans sa t te de bon gentilhomme vend en, comme l'invitation demandait une r ponse, Pignerolles prit une carte et crivit: - Oui, Lucullus Oui, Sardanapale Oui, intendant Fouquet Puis il songea son costume et consulta son ami Brionne. - Si tu m'en crois, lui dit ce dernier, tu te dispenseras du manteau v nitien. Il est tr s difficile porter; au moindre geste, il tourne sur l' paule et, ainsi affubl , il faut tr s peu de chose un honn te ch telain pour avoir l'air ridicule. Rev ts plut t l'habit rouge avec le gilet blanc, la culotte noire, les bas de soie noirs; sous le bras, le bicorne ganse noire; ainsi v tu, b ti comme tu l'es, tu peux esp rer un de ces succ s qui marquent dans la vie d'un joyeux viveur.
Extrait MARSEILLE OU TARASCON I Connaissez-vous Tarascon? Tarascon, o l'on grille en t , o l'on g le en hiver, o les pav s pointus semblent les ennemis jur s des chevaux et des cavaliers; Tarascon, o l'on se couche huit heures, o les pensions sont excellentes, o les femmes sont prudes. Il y avait d j pas mal d'ann es que le 27e dragons, tabli dans cet agr able endroit, se ber ait du fol espoir de changer avec l'autre r giment de la brigade, le 28e, qui tenait garnison Marseille. Au mois d'avril et au mois d'octobre surtout, ces esp rances revenaient plus vives; on entrevoyait tous les plaisirs de la grande ville, ses th tres, ses cercles; on songeait la proximit de Nice, Monte-Carlo, la roulette Mais les automnes succ daient aux printemps, et le 27e restait toujours, toujours Tarascon Le sous-lieutenant Larmejane tait navr . quoi bon, je vous le demande, tre tout frais moulu de Saumur, tre grand, svelte, joli gar on, porter comme pas un le nouveau dolman soutaches d'argent et la botte Chantilly, pour n'avoir d'autre distraction que de parcourir chaque jour le triangle ayant pour trois sommets: le quartier, le mess et le logement?... Et pas de femmes Aussi, quelle ne fut pas la joie de Larmejane quand, un matin que, le stick sous le bras, il fumait m lancoliquement sa cigarette sur le chemin de la gare, il aper ut deux femmes causant sur un banc: une blonde et une brune. Habituellement, cette heure surtout, le boulevard de la Gare tait absolument d sert. tait-ce coquetterie, ou simple s curit d'une femme qui se croit seule? mais la blonde, tout en causant avec son amie, leva sa robe tout naturellement, rajusta sa jarreti re de sa main finement gant e, puis laissa retomber sa jupe. Le tout n'avait pas dur une seconde: mais Larmejane, merveill , avait aper u un bas de soie bleu moulant une jambe exquise, un v ritable blouissement Cristi, la jolie jambe s' cria-t-il d'une voix vibrante. La blonde se retourna toute confuse, tandis que son amie cherchait touffer un formidable clat de rire. C'est qu'elle tait vraiment fort jolie, avec ses cheveux ond s sous la petite capote de velours bleu, son tout-pareil anglais en drap bleu-roi, sa mine qui essayait d' tre s v re en d pit de la situation et, avec cela, un air absolument comme il faut, si comme il faut que, sans la radieuse apparition du bas de soie bleu, jamais Larmejane n'e t os entamer la conversation. Mais bast quand on ne veut pas conna tre les gens, on ne rajuste pas sa jarreti re leur nez, et notre sous-lieutenant n' tait pas homme laisser passer pareille aubaine. Il vint s'asseoir carr ment c t des deux femmes et, apr s avoir salu le plus respectueusement du monde, il commen a:
Extrait POUR GARDER SES CHEVEUX L'autre jour, je contemplais avec motion sur les boulevards les nouveaux sortis de Saint-Cyr. Entre tous, je remarquai un jeune officier de dragons, qui, certainement, trennait sa tenue de sous-lieutenant et devait tre de la promotion d'octobre. Il allait fi rement la t te haute, le jarret tendu, la main gauche appuy e sur le pommeau de l' p e dragonne d'or, tout en rendant avec ravissement le salut que lui faisaient les Pitous passant droite et gauche. La tunique ne faisait pas un pli, le pantalon garance avait des miroitements de satin; et les paulettes sortaient de leurs bo tes; le k pi, cr nement inclin sur l'oreille laissait voir une chevelure blonde encore tr s courte sur laquelle on avait voulu risquer une raie par-derri re. Cet essai de raie avec des cheveux insuffisants r veilla en moi tout un monde de souvenirs datant de sept ou huit ans d j ; je revis le vieux bahut de 1869, les brimades d'antan, le corps de pompe de Saint-Cyr, et surtout, surtout mon camarade Maxime de L..., si gai, si exub rant d'entrain et de jeunesse. C' tait un grand Breton, magnifique, fort comme un Turc, velu comme un faune, et fris naturellement comme un mouton. Lui seul savait gayer les soir es d'hiver par les processions dites d'un seul homme, les feux d'artifices improvis s avec des cartouches vorac es au tir la cible, et surtout par les raouts au Turc o il organisait des concerts vocaux. Quand, de sa belle voix vibrante, il entonnait: Noble galette que ton nom Soit immortel en notre histoire, ou encore la chanson de l'Ohio oh, oh, oh les adjudants perdus ceignaient leur p e et se pr cipitaient dans la cour Wagram pour r tablir l'ordre. Ah le joyeux gar on, comme nous l'aimions et comme il aimait son m tier Il n'avait qu'un seul regret, c' tait d' tre tondu, tondu comme vous tondait le p re Jousse, c'est- -dire deux millim tres de la racine des cheveux. Semblable ses anc tres de la vieille Armorique, il attachait, en effet, sa chevelure une importance trange. Il trouvait que de faire voir ainsi ses oreilles constituait une esp ce d'inf riorit et de d gradation, et puis, peut- tre bien qu'au fond il y avait aussi une certaine cousine Yolande de Pr cy-Bussac laquelle on ne tenait pas se montrer d figur . En vain, avait-il trouv un coiffeur artiste qui, le dimanche, lui faisait au petit fer avec ses deux millim tres de cheveux une esp ce de t te la Bressant; il tait honteux de lui-m me, et ce fut avec une vraie joie qu'il vit arriver la fin de la deuxi me ann e, poque o la s v rit se rel che un peu vis- -vis de l'ancien et o l'on tol re parfois quelques m ches pourvu que les tempes soient bien d gag es.
Extrait LE DOMINO BLANC ...Et gr ce mon domino noir, Je passe sans m'apercevoir... (Eug ne Scribe). I Maxence ne pouvait se consoler du mariage de B lantroy, son meilleur camarade; un beau jour, il avait subitement disparu, puis il s' tait mari , l chant tous les joyeux viveurs et donnant ainsi le plus f cheux exemple. Maxence lui en avait tellement voulu qu'il n'avait jamais consenti assister au mariage, ni m me aller voir sa femme. Ce soir d'Op ra surtout, Maxence regrettait son gai compagnon et il se dirigeait avec assez peu d'enthousiasme vers le bal. - C'est b te les habitudes se disait-il. On voit affich sur les murs: Bal masqu l'Op ra; on sait qu'on s'ennuiera, mais on y va tout de m me, sans trop savoir pourquoi. Autrefois c' tait amusant parce que nous formions une bande: Tournecourt, Pr cy-Bussac, Boisonfort, Taradel. Ils sont tous devenus lugubres. Il n'y a que Tost qui lutte, et encore je ne lui donne pas deux ans pour tre comme les autres. Mais celui que je regrette le plus, c'est mon B lantroy. Une bonne humeur intarissable et une imagination Impossible de se f cher quand, apr s quelque farce de sa fa on, il vous disait avec sa grosse voix: Elle est toujours bien bonne Aujourd'hui, c'est un homme fini Et tout en faisant ces r flexions, Maxence gravissait lentement le grand escalier de l'Op ra, tandis qu' sa droite et sa gauche, des messieurs en habit noir taient rang s sur deux files. Il arriva l' tage des loges et jeta un regard m lancolique sur ces grands corridors de marbre, si nus, si froids l'oeil, se rappelant les petits coins capitonn s des couloirs de la rue Le Peletier. ce moment, Tost , pimpant, fris au petit fer, le chapeau sur l'oreille, sortait radieux d'une loge.
PR FACE Ce petit livre n'est pas une oeuvre de pure imagination. Les Braconniers ont r ellement exist . Pendant plus d'une ann e, une bande de Parisiens de race, pr sid s par un gentleman qui s'est fait une place part dans la haute vie, se sont r unis presque tous les soirs, ayant r alis le grand probl me si difficile de s'amuser entre gens bien lev s et comme il faut. Quoi qu'on en ait dit, ils n' taient pas des oisifs, et ne se faisaient pas une aur ole de leur inutilit . La plupart d'entre eux, au contraire, occupaient une fonction importante soit dans l'administration, soit dans les affaires, soit dans l'arm e, soit dans la diplomatie. Loin d' tre des inutiles, ils achetaient le droit au plaisir par un travail quotidien s rieux; de l , sans doute, cet entrain, cette camaraderie, ce go t pour les causeries spirituelles, cette gaiet de bon aloi, cet app tit de f te qui faisait du Club des Braconniers une r union tout fait part. H las, ce club a v cu ce que vivent les associations de ce genre. Le comit s'est dispers . Parmi les membres, les uns se sont mari s, les autres ont t d plac s par suite de leur carri re, d'autres sont morts; bref les Braconniers ont disparu, mais apr s avoir brill d'un vif clat dans le firmament parisien. Nous avons pens que ces d lib rations, ces discussions galantes, ces f tes catapultueuses m ritaient de laisser une trace. notre poque morne et terne, il n'est pas mauvais que les petits jeunes gens d'aujourd'hui sachent qu'ils ont eu des devanciers ayant essay loyalement de ressusciter la vieille gaiet fran aise. Le sporting, le racing, le footing, et autres exercices aussi chastes qu'hygi niques ont peut- tre un peu trop remplac la vie nocturne, en supprimant toute vell it de bals et de soupers, et en conduisant fatalement aux moeurs campagnardes et au couvre-feu de onze heures. Nous r unissons donc ces pages, comme un souvenir attendri d'une glorieuse poque, afin qu'elles servent d'exemple - de tr s mauvais exemple - aux nouvelles g n rations. N'oublions pas que nous sommes une race de guerriers - non de bourgeois - et que la bonne humeur est une vertu militaire. Richard O'Monroy.
Monsieur Mars et madame Venus
Richard O'Monroy
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2015
nidottu
Extrait 2/369 MARCELIN Mon cher ami, Ce livre vous revient de droit. Lorsqu'il y a dix ans d j je me suis pr sent un peu mu dans le salon de La Vie parisienne, avec mon petit rouleau sous le bras, vous m'avez fait si bon accueil que vous m'avez donn l'id e d' crire. Depuis, les portes de votre journal m'ont toujours t si grandes ouvertes que de petits rouleaux en petits rouleaux il s'est trouv un beau jour qu'il y avait de quoi faire un livre. J'ai donc r uni ces souvenirs de jeunesse; je les abrite sous votre nom, vous qui trouvez que la premi re des qualit s c'est la jeunesse, la vraie jeunesse ardente, exub rante, enthousiaste, qui fait ai- 3/369 4/369 mer avec le m me entrain, le monde et le r giment, son paulette et sa ma tresse. Acceptez donc cette d dicace en t moignage de notre cordiale et d j vieille amiti . Richard O'Monroy Juin 1878. MONSIEUR MARS ET MADAME V NUS 5/369
Unpeu! Beaucoup!! Passionnement!!!
Richard O'Monroy
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2015
nidottu
Extrait: BON CHAT, BONS RATS I Ce dimanche-l , le retour de Bougival avait t tr s gai. Derri re le grand Destignac portant une lanterne v nitienne au bout de sa canne s' tait form un joyeux mon me, compos de Blanche Dartois, Altesse, H l ne Sillery, Th r se Brunet, Ravaschoff, escort es de Larmejane, La Pescherie, Comfort, d' parvin et Maugiron. Le mon me, avec une irr gularit parfaite, monta l'escalier du pont et se dirigea vers le petit tramway, joujou qui conduit Rueil. De Bougival Rueil il y eut repr sentation compl te du ballet d'Excelsior. Tandis que La Percherie et Maugiron chantaient tue-t te l'air des petits n grillons, les camarades montaient avec ces dames sur les banquettes an agitant les bras comme la Cornalba - m me mieux - puis ils disparaissaient sous les banquettes, pour repara tre ensuite plus agit s que jamais. Tout le train tait en moi. Les voyageurs des autres compartiments assistaient stup faits cet acc s d' pilepsie; quant au conducteur ahuri, il oubliait compl tement la halte de la Malmaison. Arriv sur le quai de Rueil, ce fut encore bien pis. Destignac, toujours orn de sa lanterne plus v nitienne que jamais, tait devenu le centre d'une ronde folle ex cut e autour de lui. La lanterne ayant fini par prendre feu, la joie ne connut plus de bornes. Le gendarme de planton la gare s' tait avanc pour s'emparer de la lanterne, toutes ces dames se pr cipit rent vers lui et l'embrass rent qui mieux mieux. Le brave gendarme, le tricorne de travers, perdu sous cette gr le de baisers et de caresses f minines donn es par des femmes belles et sentant bon, riait comme chatouill par une sensation route nouvelle et se d fendait mollement en disant: - Mesdames, voyons, Mesdames... Sacrebleu je vous en prie
Un peu ! Beaucoup !! Passionnement !!!
Richard O'Monroy
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2015
nidottu
Extrait du 1 er chapitre A BON CHAT, BONS RATS I Ce dimanche-l , le retour de Bougival avait t tr s gai. Derri re le grand Destignac portant une lanterne v nitienne au bout de sa canne s' tait form un joyeux mon me, compos de Blanche Dartois, Altesse, H l ne Sillery, Th r se Brunet, Ravaschoff, escort es de Larmejane, La Pescherie, Comfort, d' parvin et Maugiron. Le mon me, avec une irr gularit parfaite, monta l'escalier du pont et se dirigea vers le petit tramway, joujou qui conduit Rueil. De Bougival Rueil il y eut repr sentation compl te du ballet d'Excelsior. Tandis que La Percherie et Maugiron chantaient tue-t te l'air des petits n grillons, les camarades montaient avec ces dames sur les banquettes an agitant les bras comme la Cornalba - m me mieux - puis ils disparaissaient sous les banquettes, pour repara tre ensuite plus agit s que jamais. Tout le train tait en moi. Les voyageurs des autres compartiments assistaient stup faits cet acc s d' pilepsie; quant au conducteur ahuri, il oubliait compl tement la halte de la Malmaison. Arriv sur le quai de Rueil, ce fut encore bien pis. Destignac, toujours orn de sa lanterne plus v nitienne que jamais, tait devenu le centre d'une ronde folle ex cut e autour de lui. La lanterne ayant fini par prendre feu, la joie ne connut plus de bornes. Le gendarme de planton la gare s' tait avanc pour s'emparer de la lanterne, toutes ces dames se pr cipit rent vers lui et l'embrass rent qui mieux mieux. Le brave gendarme, le tricorne de travers, perdu sous cette gr le de baisers et de caresses f minines donn es par des femmes belles et sentant bon, riait comme chatouill par une sensation route nouvelle et se d fendait mollement en disant: - Mesdames, voyons, Mesdames... Sacrebleu je vous en prie
Extrait O CELA M NE La voil bien, la vanit humaine Ah que la voil bien Shakespeare. C' tait l'autre soir au caf Anglais - un d ner un peu triste, car il s'agissait de faire nous adieux Isidore Boujard, ruin en un rien de temps par Sylvia de Frosnes, apr s avoir t pendant pr s de deux ann es un de nos plus joyeux compagnons de f te. - Alors, demanda l'un de nous c'est d cid , vous partez pour San Francisco? - Oui, mon bon. Je vais essayer l -bas je ne sais quel commerce de vente de boeufs et de chevaux avec les quelques billets de mille francs - une dizaine pas plus - qui restent des six millions laiss s par papa Boujard. Ah a a vite fil . - Mais, objecta Berthecourt, expliquez-nous un peu ce coup de folie. Sylvia est agr able sans doute... cependant, saperlipopette, six millions, c'est une somme. - Ah mes amis, c'est que vous ne connaissez pas la puissance de l'amour-propre, de la vanit chatouill e au bon endroit. Je pourrais commencer mon histoire par la phrase classique: N d'une naissance obscure, et ces quatre mots seraient l'explication de tout mon roman. - Explique-toi. - Oh c'est bien simple. Vous autres vous avez eu la chance de na tre avec un nom, un titre, ou tout au moins une excellente position sociale. Moi, j' tais simplement Boujard, Isidore Boujard, fils et successeur de Fran ois Boujard, inventeur du sommier automatique - une invention merveilleuse qui avait permis au papa de me laisser une fortune consid rable. Aussi, d s que j'atteignis vingt et un ans, je n'eus rien de plus press que de vendre la bo te papa, ce qui tait une grosse faute, de r aliser mon avoir, et de me lancer dans ce qui s'appelle la grande vie. Que voulez-vous? cet ge-l , tout le monde ne peut pas se faire fourrer la Conciergerie. On se montra tr s aimable pour moi, je fus bien accueilli, et vous-m mes, mes amis, qui tes ici r unis ce soir pour me faire gentiment vos adieux, vous n'y seriez peut- tre pas si j'avais continu le n goce paternel... mais l n'est pas la question. Tout cela c'est seulement pour vous expliquer mon motion tr s na ve, tr s sinc re lorsque certain soir minuit je fus autoris franchir le seuil du coquet petit h tel que Sylvia de Fresnes occupait rue de Bassano. En d pit de mes millions je me sentais un peu intimid l'id e de poss der enfin cette h ta re de grande marque qui frayait sur un pied d' galit hautaine avec les princes et m me avec les t tes couronn es. Pr c d par la cam riste anglaise, tr s correcte avec son col droit et ses bandeaux tout plats la vierge, je soulevai une porti re en cachemire de l'Inde fond bleu turquoise, richement brod e d'argent, et je me trouvai dans un boudoir tout tendu d'une soierie cr me tiss e d'or. Et ma vue ravie allait d'un petit bureau r gence en bois de violette, avec coin ons et moulures, l'armoire trois portes garnies de glaces biseaut s, avec colonnes d tach es et fronton feston de rubans. Et la chaise basse en satin bleu saphir, orn de riches broderies, travail ancien et r appliqu Et le chiffonnier en bois laqu blanc, avec filets verts, et, dans un coin, le vaste lit de repos recouvert d'une tenture de peluche orientale, avec des multitudes de coussins ga n s de peluche rouge Et surtout, sur la table-duchesse, le n cessaire de voyage, compos de quarante-deux pi ces en vermeil cisel et grav , enrichi de plaques portant fi rement la devise de Sylvia: Ceinture dor e vaut mieux que bonne renomm e - Monsieur peut faire sa toilette ici; madame l'attend dans sa chambre coucher. Mais, auparavant, monsieur d sire-t-il, pour la nuit, une des chemises de monseigneur? - Oui, s'il vous pla t, r pondis-je d'un air d tach .
VERSET Ier, CHAPITRE II Au fait, pourquoi la petite marquise de Castel-Chambord - Suzette, comme l'appelaient ses amies - tait-elle en froid avec son mari, le placide Gaston? Est-ce qu'on sait jamais Madame avait trouv tr s ennuyeuse Monsieur Betsy, la derni re pi ce des Vari t s; monsieur l'avait trouv e d sopilante et avait ri d'un rire absurde pendant tout le deuxi me acte. Il n'en fallait pas plus pour que madame insinu t avec aigreur que l'indulgence du monsieur tait sans doute motiv e par son admiration pour l'artiste - Th r se Brincard - qui jouait la grande coquette. Gaston, fort de son innocence, s' tait rebiff ; -je vous, demande un peu, Th r se Brincard - un mot en avait amen un autre; bref, depuis huit jours, huit grands jours, la porte de Suzette tait rest e ferm e au verrou, et je dois ajouter, l'honneur du sexe fort, que le marquis, de son c t , n'avait fait aucune l che tentative pour franchir le seuil interdit. Et le soir, dans la grande chambre l gante sugg rant l'amour, madame se d shabillait pensive; elle relevait ses bras merveilleux pour d nouer sa noire et touffue chevelure, et apr s avoir donn dans la psych un coup d'oeil son torse, merveilleux de vie, de jeunesse et de perfection, elle s' tendait toute frissonnante dans le grand lit de milieu jadis t moin de tant de caresses folles, dans te grand lit o les nuits avaient t si heureuses et si douces, aujourd'hui d sert, froid, abandonn . Non, elle ne c derait pas, non elle ne ferait pas amende honorable C'est Gaston qui avait eu tous les torts, et, d'ailleurs, e t-il raison, un homme doit toujours se soumettre une femme Or, le marquis, de son c t , s'obstinait; la situation tait devenue intol rable et tait d'autant plus absurde qu'au fond Suzette se l'avouait bien parfois avec un sourire, dans cette querelle pu rile, il n'y avait pas de quoi fouetter un pauvre petit chat. Plus d sol e qu'elle ne voulait le para tre, elle alla confier ses chagrins au v n rable abb Maubu e, premier vicaire de Saint-Augustin, directeur spirituel de toutes les mes f minines du boulevard Malesherbes, abb mondain, tol rant, tr s moderne, tr s fin de si cle, connaissant tous les dessous de la vie et sachant donner au besoin l'avertissement qui arr te ou le conseil qui sauve. D'ailleurs, homme d'un tact parfait, avec une pointe de philosophie sceptique et de tendresse paternelle et attendrie pour cet tre tout nerfs, tout sentiment, pour cette nature exquise, mais un peu d traqu e, que l'on nomme la Parisienne....