Extrait, I Entre Domfront et Comlie. Une plaine, des champs cultiv s que traverse une grande route. l'horizon, des collines basses, une futaie, les toits d'un village, sur la route, une maison isol e. Les maisons, comme les rues et les hommes, ont une physionomie les unes ont l'air calme, d'autres, l'air affair . Par cette porte, doit passer un c libataire; de cette fen tre, il ne peut sortir que des voix d'enfants. - Ne voudriez-vous pas aimer sous ce toit, pleurer sous cet autre ? - Comme on doit tre heureux derri re cette cloison; mais que l'on doit souffrir l'ombre de ce mur ... Celle-l ressemblait aux maisons dont les journaux illustr s donnent le Fac simile, lors des grands proc s en cour d'assises, avec ces mots crits au-dessous Maison du crime Elle tait sinistre sa porte, garnie de clous t tes rouill es, semblait ne devoir s'ouvrir que devant une sommation. La poussi re du chemin s' tait attach e invinciblement aux carreaux de ses troites fen tres. Le tout, noirci et d labr , n'avait qu'une longue chemin e dont nulle fum e ne s' chappait. La fum e implique le feu qui p tille, - le repas qu'on appr te, - la m nag re qui va et vient, son tablier retrouss sur le c t , - des enfants qui crient, - des casseroles qui chantent - mille choses joyeuses dont cette maison paraissait d pourvue. Flanqu contre elle, un toit porcs, demi cach par une touffe de sureaux; de maigres poules errant dans la cour; un chien tique dans une niche vermoulue; un jardin rempli de mauvaises herbes et des arbres mal taill s entrecroisant leurs branches folles et, partout alentour, la plaine nue, le jour qui tombe. Tout coup, - pareil un foyer dont la flamme, avant de dispara tre, remplit l'appartement d'un jet de clart , - le soleil couchant illumine le paysage. Et, - pareilles un vieillard qui semble rajeunir, lorsqu'un clair de m moire ou d'intelligence traverse son cerveau, - la plaine et la maison retrouv rent un peu de charme et de vie sous le soleil. La lumi re occidentale fit tinceler l'herbe mouill e; l'eau des foss s qui bordaient la route brilla comme un miroir d'acier; les vitres des crois es r percut rent mille rayons. Les fleurs des arbres prirent des teintes d'or, et la flamme rouge de l'astre f t une sorte d'aur ole aux branches des pommiers. Mais cette splendeur ne dura qu'un instant; le soleil disparut derri re les lignes gris tres des collines et des nuages entass s l'horizon. La lumi re s'effa a enti rement, l'eau redevint boueuse, l'herbe noire et la tristesse s' tendit de nouveau sur le paysage. - Une lumi re parut derri re les vitres de la maison. Le vent du soir se leva, les feuill es craqu rent au bruit de sa musique lugubre. La bise fit fl chir les tr mois dans les champs obscurcis; le vent augmenta, il se prit rugir, faire crier le chaume, claquer les volets, disperser des branchages et des feuilles. C' tait principalement sur la route unie qu'il s vissait avec toute sa fureur. Nul obstacle devant lui ni laboureur avec sa charrue, ni roulier avec sa charrette, ni cavaliers, ni pi tons, - personne La nuit avait fait cette route d serte plus d serte encore.