Jean-Francois Paul de Gondi, Cardinal de Retz (1613-1679), a fortement marque les lettres classiques francaises par ses Memoires, redigees a la fin de sa vie et publiees en 1717. Souvenirs centres sur la Fronde, mouvement complexe de revolte anti-monarchique ayant connu son apogee sous la regence d'Anne d'Autriche secondee par Mazarin (autour de 1650), les Memoires de Retz depassent largement le cadre historiographique d'une pure recension de faits. D'une part, le Cardinal, qui joua par ses intrigues un role majeur dans la Fronde, se presente dans toutes les contradictions de sa personnalite, se plaisant sans cesse a "avancer masque", selon le mot de Descartes. Tour a tour archetype du conspirateur ingrat, de l'"artiste en fait d'intrigues" jusqu'au parangon de la generosite, on ne sait toujours pas trop quoi penser de ses Memoires - tant sur le plan psychologique que sur celui de la verite historique: "L'erudition et l'analyse, note Janet Taylor Letts, ont enseveli le livre sous un amas de notions plus ou moins claires du climat d'idees du XVIIe siecle"... Cette relecture de l'oeuvre majeure de Retz met en exergue son aspect eminemment baroque. Le "possible", l'"enveloppe" - tremplins pour l'imaginaire, requisits necessaires de l'art en general - animent constamment les Memoires, qui se focalisent en outre sur les hommes de l'elite, les seuls a ecrire veritablement l'Histoire: le Cardinal de Retz pensait en effet "que les grands evenements dependaient du talent qu'ont les grands hommes de voir les possibilites contenues dans une situation."