In Search of Lost Time or Remembrance of Things Past (French: la recherche du temps perdu) is a semi-autobiographical novel in seven volumes by Marcel Proust. His most prominent work, it is popularly known for its extended length and the notion of involuntary memory, the most famous example being the "episode of the madeleine." Still widely referred to in English as Remembrance of Things Past, the title In Search of Lost Time, a more accurate rendering of the French, has gained in usage since D.J. Enright's 1992 revision of the earlier translation by C.K. Scott-Moncrieff and Terence Kilmartin.
Extrait chapitre: I Longtemps, je me suis couch de bonne heure. Parfois, peine ma bougie teinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire: Je m'endors. Et, une demi-heure apr s, la pens e qu'il tait temps de chercher le sommeil m' veillait; je voulais poser le volume que je croyais avoir dans les mains et souffler ma lumi re; je n'avais pas cess en dormant de faire des r flexions sur ce que je venais de lire, mais ces r flexions avaient pris un tour un peu particulier; il me semblait que j' tais moi-m me ce dont parlait l'ouvrage: une glise, un quatuor, la rivalit de Fran ois Ier et de Charles-Quint. Cette croyance survivait pendant quelques secondes mon r veil; elle ne choquait pas ma raison, mais pesait comme des cailles sur mes yeux et les emp chait de se rendre compte que le bougeoir n' tait plus allum . Puis elle commen ait me devenir inintelligible, comme apr s la m tempsycose les pens es d'une existence ant rieure; le sujet du livre se d tachait de moi, j' tais libre de m'y appliquer ou non; aussit t je recouvrais la vue et j' tais bien tonn de trouver autour de moi une obscurit , douce et reposante pour mes yeux, mais peut- tre plus encore pour mon esprit, qui elle apparaissait comme une chose sans cause, incompr hensible, comme une chose vraiment obscure.
Extrait de la suite: Ainsi revenait-elle dans la voiture de Swann; un soir, comme elle venait d'en descendre et qu'il lui disait demain, elle cueillit pr cipitamment dans le petit jardin qui pr c dait la maison un dernier chrysanth me et le lui donna avant qu'il f t reparti. Il le tint serr contre sa bouche pendant le retour, et quand au bout de quelques jours la fleur fut fan e, il l'enferma pr cieusement dans son secr taire. Mais il n'entrait jamais chez elle. Deux fois seulement, dans l'apr s-midi, il tait all participer cette op ration capitale pour elle, prendre le th . L'isolement et le vide de ces courtes rues (faites presque toutes de petits h tels contigus, dont tout coup venait rompre la monotonie quelque sinistre choppe, t moignage historique et reste sordide du temps o ces quartiers taient encore mal fam s), la neige qui tait rest e dans le jardin et aux arbres, le n glig de la saison, le voisinage de la nature, donnaient quelque chose de plus myst rieux la chaleur, aux fleurs qu'il avait trouv es en entrant. Laissant gauche, au rez-de-chauss e sur lev , la chambre coucher d'Odette qui donnait derri re sur une petite rue parall le, un escalier droit entre des murs peints de couleur sombre et d'o tombaient des toffes orientales, des fils de chapelets turcs et une grande lanterne japonaise suspendue une cordelette de soie (mais qui, pour ne pas priver les visiteurs des derniers conforts de la civilisation occidentale, s' clairait au gaz) montait au salon et au petit salon.
l'ombre des jeunes filles en fleurs Ma m re, quand il fut question d'av oir poir pour la premi re fois M. de Norpois d ner, ayant exprim le regret que le professeur Cottard f t en voyage et qu'elle-m me e t enti rement cess de fr quenter Swann, car l'un et l'autre eussent sans doute int ress l'ancien ambassadeur, mon p re r pondit qu'un convive minent, un savant illustre, comme Cottard, ne pouvait jamais mal faire dans un d ner, mais que Swann, avec son ostentation, avec sa mani re de crier sur les toits ses moindres relations, tait un vulgaire esbrouffeur que le marquis de Norpois e t sans doute trouv , selon son expression, puant . Or cette r ponse de mon p re demande quelques mots d'explication, certaines personnes se souvenant peut- tre d'un Cottard bien m diocre et d'un Swann poussant jusqu' la plus extr me d licatesse, en mati re mondaine, la modestie et la discr tion.
Extrait: chapitre Cependant Mme Bontemps, qui avait dit cent fois qu'elle ne voulait pas aller chez les Verdurin, ravie d' tre invit e aux mercredis, tait en train de calculer comment elle pourrait s'y rendre le plus de fois possible. Elle ignorait que Mme Verdurin souhaitait qu'on n'en manqu t aucun; d'autre part, elle tait de ces personnes peu recherch es, qui quand elles sont convi es des s ries par une ma tresse de maison, ne vont pas chez elle, comme ceux qui savent toujours faire plaisir, quand ils ont un moment et le d sir de sortir; elles, au contraire, se privent par exemple de la premi re soir e et de la troisi me, s'imaginant que leur absence sera remarqu e, et se r servent pour la deuxi me et la quatri me; moins que, leurs informations leur ayant appris que la troisi me sera particuli rement brillante, elles ne suivent un ordre inverse, all guant que malheureusement la derni re fois elles n' taient pas libres . Telle Mme Bontemps supputait combien il pouvait y avoir encore de mercredis avant P ques et de quelle fa on elle arriverait en avoir un de plus, sans pourtant para tre s'imposer. Elle comptait sur Mme Cottard, avec laquelle elle allait revenir, pour lui donner quelques indications.
Extrait: Chapitre Une fois M. de Charlus parti, nous p mes enfin, Robert et moi, aller d ner chez Bloch. Or je compris pendant cette petite f te que les histoires trop facilement trouv es dr les par notre camarade taient des histoires de M. Bloch p re, et que l'homme tout fait curieux tait toujours un de ses amis qu'il jugeait de cette fa on. Il y a un certain nombre de gens qu'on admire dans son enfance, un p re plus spirituel que le reste de la famille, un professeur qui b n ficie nos yeux de la m taphysique qu'il nous r v le, un camarade plus avanc que nous (ce que Bloch avait t pour moi) qui m prise le Musset de l'Espoir en Dieu quand nous l'aimons encore, et quand nous en serons venus au p re Leconte ou Claudel ne s'extasiera plus que sur Saint-Blaise, la Zuecca Vous tiez, vous tiez bien aise. en y ajoutant: Padoue est un fort bel endroit O de tr s grands docteurs en droit ... Mais j'aime mieux la polenta ... Passe dans son domino noir La Toppatelle. et de toutes les Nuits ne retient que: Au Havre, devant l'Atlantique, Venise, l'affreux Lido, O vient sur l'herbe d'un tombeau Mourir la p le Adriatique. Or, de quelqu'un qu'on admire de confiance, on recueille, on cite avec admiration, des choses tr s inf rieures celles que livr son propre g nie on refuserait avec s v rit , de m me qu'un crivain utilise dans un roman, sous pr texte qu'ils sont vrais, des mots, des personnages, qui dans l'ensemble vivant font au contraire poids mort, partie m diocre
Extrait: Chapitre Le p piement matinal des oiseaux semblait insipide Fran oise. Chaque parole des bonnes la faisait sursauter; incommod e par tous leurs pas, elle s'interrogeait sur eux; c'est que nous avions d m nag . Certes les domestiques ne remuaient pas moins, dans le sixi me de notre ancienne demeure; mais elle les connaissait; elle avait fait de leurs all es et venues des choses amicales. Maintenant elle portait au silence m me une attention douloureuse. Et comme notre nouveau quartier paraissait aussi calme que le boulevard sur lequel nous avions donn jusque-l tait bruyant, la chanson (distincte de loin, quand elle est faible, comme un motif d'orchestre) d'un homme qui passait, faisait venir des larmes aux yeux de Fran oise en exil. Aussi, si je m' tais moqu d'elle qui, navr e d'avoir eu quitter un immeuble o l'on tait si bien estim , de partout et o elle avait fait ses malles en pleurant, selon les rites de Combray, et en d clarant sup rieure toutes les maisons possibles celle qui avait t la n tre, en revanche, moi qui assimilais aussi difficilement les nouvelles choses que j'abandonnais ais ment les anciennes, je me rapprochai de notre vieille servante quand je vis que l'installation dans une maison o elle n'avait pas re u du concierge qui ne nous connaissait pas encore les marques de consid ration n cessaires sa bonne nutrition morale, l'avait plong e dans un tat voisin du d p rissement. Elle seule pouvait me comprendre; ce n' tait certes pas son jeune valet de pied qui l'e t fait; pour lui qui tait aussi peu de Combray que possible, emm nager, habiter un autre quartier, c' tait comme prendre des vacances o la nouveaut des choses donnait le m me repos que si l'on e t voyag ; il se croyait la campagne; et un rhume de cerveau lui apporta, comme un coup d'air pris dans un wagon o la glace ferme mal, l'impression d licieuse qu'il avait vu du pays; chaque ternuement, il se r jouissait d'avoir trouv une si chic place, ayant toujours d sir des ma tres qui voyageraient beaucoup.
Extrait: Chapitre Comme je l'avais suppos avant de faire la connaissance de Mme de Villeparisis Balbec, il y avait une grande diff rence entre le milieu o elle vivait et celui de Mme de Guermantes. Mme de Villeparisis tait une de ces femmes qui, n es dans une maison glorieuse, entr es par leur mariage dans une autre qui ne l' tait pas moins, ne jouissent pas cependant d'une grande situation mondaine, et, en dehors de quelques duchesses qui sont leurs ni ces ou leurs belles-soeurs, et m me d'une ou deux t tes couronn es, vieilles relations de famille, n'ont dans leur salon qu'un public de troisi me ordre, bourgeoisie, noblesse de province ou tar e, dont la pr sence a depuis longtemps loign les gens l gants et snobs qui ne sont pas oblig s d'y venir par devoirs de parent ou d'intimit trop ancienne. Certes je n'eus au bout de quelques instants aucune peine comprendre pourquoi Mme de Villeparisis s' tait trouv e, Balbec, si bien inform e, et mieux que nous-m mes, des moindres d tails du voyage que mon p re faisait alors en Espagne avec M. de Norpois. Mais il n' tait pas possible malgr cela de s'arr ter l'id e que la liaison, depuis plus de vingt ans, de Mme de Villeparisis avec l'Ambassadeur p t tre la cause du d classement de la marquise dans un monde o les femmes les plus brillantes affichaient des amants moins respectables que celui-ci, lequel d'ailleurs n' tait probablement plus depuis longtemps pour la marquise autre chose qu'un vieil ami. Mme de Villeparisis avait-elle eu jadis d'autres aventures ? tant alors d'un caract re plus passionn que maintenant, dans une vieillesse apais e et pieuse qui devait peut- tre pourtant un peu de sa couleur ces ann es ardentes et consum es, n'avait-elle pas su, en province o elle avait v cu longtemps, viter certains scandales, inconnus des nouvelles g n rations, lesquelles en constataient seulement l'effet dans la composition m l e et d fectueuse d'un salon fait, sans cela, pour tre un des plus purs de tout m diocre alliage ? Cette mauvaise langue que son neveu lui attribuait lui avait-elle, dans ces temps-l , fait des ennemis ? l'avait-elle pouss e profiter de certains succ s aupr s des hommes pour exercer des vengeances contre des femmes ? Tout cela tait possible; et ce n'est pas la fa on exquise, sensible - nuan ant si d licatement non seulement les expressions mais les intonations - avec laquelle Mme de Villeparisis parlait de la pudeur, de la bont , qui pouvait infirmer cette supposition; car ceux qui non seulement parlent bien de certaines vertus, mais m me en ressentent le charme et les comprennent merveille (qui sauront en peindre dans leurs M moires une digne image), sont souvent issus, mais ne font pas eux-m mes partie, de la g n ration muette, fruste et sans art, qui les pratiqua. Celle-ci se refl te en eux, mais ne s'y continue pas. la place du caract re qu'elle avait, on trouve une sensibilit , une intelligence, qui ne servent pas l'action. Et qu'il y e t ou non dans la vie de Mme de Villeparisis de ces scandales qu'e t effac s l' clat de son nom, c'est cette intelligence, une intelligence presque d' crivain de second ordre bien plus que de femme du monde, qui tait certainement la cause de sa d ch ance mondaine.
Extrait:: Chapitre Les jours qui pr c d rent mon d ner avec Mme de Stermaria me furent, non pas d licieux, mais insupportables. C'est qu'en g n ral, plus le temps qui nous s pare de ce que nous nous proposons est court, plus il nous semble long, parce que nous lui appliquons des mesures plus br ves ou simplement parce que nous songeons le mesurer. La papaut , dit-on, compte par si cles, et peut- tre m me ne songe pas compter, parce que son but est l'infini. Le mien tant seulement la distance de trois jours, je comptais par secondes, je me livrais ces imaginations qui sont des commencements de caresses, de caresses qu'on enrage de ne pouvoir faire achever par la femme elle-m me (ces caresses-l pr cis ment, l'exclusion de toutes autres). Et en somme, s'il est vrai qu'en g n ral la difficult d'atteindre l'objet d'un d sir l'accro t (la difficult , non l'impossibilit , car cette derni re le supprime), pourtant pour un d sir tout physique, la certitude qu'il sera r alis un moment prochain et d termin n'est gu re moins exaltante que l'incertitude; presque autant que le doute anxieux, l'absence de doute rend intol rable l'attente du plaisir infaillible parce qu'elle fait de cette attente un accomplissement innombrable et, par la fr quence des repr sentations anticip es, divise le temps en tranches aussi menues que ferait l'angoisse. Ce qu'il me fallait, c' tait poss der Mme de Stermaria, car depuis plusieurs jours, avec une activit incessante, mes d sirs avaient pr par ce plaisir-l , dans mon imagination, et ce plaisir seul, un autre (le plaisir avec une autre) n'e t pas, lui, t pr t, le plaisir n' tant que la r alisation d'une envie pr alable et qui n'est pas toujours la m me, qui change selon les mille combinaisons de la r verie, les hasards du souvenir, l' tat du temp rament, l'ordre de disponibilit des d sirs dont les derniers exauc s se reposent jusqu' ce qu'ait t un peu oubli e la d ception de l'accomplissement; je n'eusse pas t pr t, j'avais d j quitt la grande route des d sirs g n raux et m' tais engag dans le sentier d'un d sir particulier;