Le Paysan sous l'ancien régime
Ferdinand Brunetière
Createspace Independent Publishing Platform
2017
nidottu
" ... Entrons donc au village et p n trons dans la maison, non pas du gros fermier, dont les fils, d s ce temps-l , deviennent, s'il pla t Dieu, procureurs, avocats, m decins, mais dans la maison du laboureur, propri taire, m tayer, fermier on colon, qui gagne sa vie la sueur de son front et qui, sans jouir du superflu, poss de le strict n cessaire. En Champagne, dans une province dont la pauvret , m me sous l'ancien r gime, passe pour proverbiale, presque partout le laboureur ou manouvrier est propri taire de la chaumi re qu'il habite. On estime que la plus modeste, la fin du XVIIIe si cle, vaut de trois quatre cents livres, le sol, la v rit , n'en est ni carrel ni planch i , les bestiaux y logent avec la famille, la couverture en est de paille; mais faut-il donc, de notre temps m me, aller si loin dans nos campagnes pour y reconna tre cette modeste habitation rurale ? Le mobilier se compose du lit tout d'abord, le meuble le plus co teux de la maison, et que nous trouvons estim jusqu' cent livres dans un contrat de mariage de 1683. Ext rieurement, il est fait de poirier, de noyer, d'antique bois de ch ne, orn de rideaux, en serge rouge, verte ou jaune, franges de soye; int rieurement, les filles, en pousant, stipulent au contrat qu'il sera garni d'un matelas et d'un traversin de plume. Sans doute il n'a pas toujours ni partout ce bel aspect d'aisance et presque de richesse. Dans les Alpes, nous dit M. Babeau, des sortes de tiroirs plac s les uns au-dessus des autres recevaient la literie. Je crois seulement pouvoir ajouter qu'en d pit de la r volution, au fond de plus d'une province, M. Babeau retrouverait encore ces sortes de tiroirs..."