Les r ves des autres sont souvent pleins d'exc s; leurs extra-vagances frisent parfois l'invraisemblance, notamment en Psychanalyse. Ceux pr sent s ici sont, par contraste, le plus souvent d'une grande banalit sur le plan anecdotique; des reflets plus ou moins d form s et d formants de la r alit quotidienne. Leur banalit surpasse dans certains cas celle qu'on vit l' tat de veille. Le ressenti du r ve, extravagant ou non, n'en pr sente pas moins un caract re particulier qui le diff -rencie de toute r alit et qui tient au fait qu'on le vit seul, la premi re personne du singulier. Tenter de partager son r ve en le racontant aux autres, ou soi-m me, lui fait perdre instan-tan ment sa sp cificit . Le r ve est en effet non seulement personnel, il est v cu de fa on ponctuelle, une tincelle au coeur m me de la mati re grise du r veur quand celui-ci, plusieurs fois par nuit, fr le l' veil ou se r veille carr ment. Le r ve ne subsiste en l' tat que sous forme de courtes bouff es, des bulles fragiles sur le point d' clater, des r miniscences intempestives... Rem mor (r invent ?) en long, en large et en d tails, d lay dans les quatre dimensions du monde r el, l'essence du r ve se dilue immanquablement. Couch s comme ils le sont dans les deux dimensions de la page d' criture, et parfois plusieurs pages successives, les pr sents r ves ont perdu leur parfum, leur saveur, leur "flaveur" d'origine. D'o le sous-titre qui leur est accord en compensation: "Contes dormir debout"... C'est toujours mieux que rien.