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Léonce de Lavergne
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"... Royer-Collard aurait aujourd'hui bien pr s de cent ans; les ombres commencent s' tendre sur sa m moire. Tout ce qu'il a d fendu est tomb , tout ce qu'il a combattu est vainqueur. Il aimait l'antique maison de Bourbon, la monarchie constitutionnelle, la discussion parlementaire, la libert r gl e de la presse et de la parole, le suffrage restreint, le r gne paisible des lois; il d testait la r volution, la r publique, l'empire, les coups d' tat, le r gne de la force, le suffrage universel, qu'il accusait de n' tre que la force sous un autre nom. Il e t t bien malheureux depuis quinze ans, h tons-nous de dire qu'il l'e t t trop. Il n' tait pas exempt d'exag ration, de pessimisme, et l' nergie superbe de ses convictions lui grossissait la fois le bien et le mal. Ses id es n'ont pas aussi compl tement p ri qu'elles en ont l'air; l'apparence les condamne, la r alit leur est moins contraire. Ce n'est pas en vain que trente ans d'un gouvernement libre et r gulier ont pass sur la France; les habitudes et les moeurs en ont gard l'empreinte encore plus que les lois. Ce n'est donc pas peine perdue que de suivre M. de Barante dans cette biographie politique d'un homme qui a r gn par la pens e, et dont l'esprit ne s'est pas tout fait retir de nous..."
Royer-Collard: Orateur et politique
Léonce de Lavergne
Createspace Independent Publishing Platform
2017
nidottu
"... Royer-Collard aurait aujourd'hui bien pr s de cent ans; les ombres commencent s' tendre sur sa m moire. Tout ce qu'il a d fendu est tomb , tout ce qu'il a combattu est vainqueur. Il aimait l'antique maison de Bourbon, la monarchie constitutionnelle, la discussion parlementaire, la libert r gl e de la presse et de la parole, le suffrage restreint, le r gne paisible des lois; il d testait la r volution, la r publique, l'empire, les coups d' tat, le r gne de la force, le suffrage universel, qu'il accusait de n' tre que la force sous un autre nom. Il e t t bien malheureux depuis quinze ans, h tons-nous de dire qu'il l'e t t trop. Il n' tait pas exempt d'exag ration, de pessimisme, et l' nergie superbe de ses convictions lui grossissait la fois le bien et le mal. Ses id es n'ont pas aussi compl tement p ri qu'elles en ont l'air; l'apparence les condamne, la r alit leur est moins contraire. Ce n'est pas en vain que trente ans d'un gouvernement libre et r gulier ont pass sur la France; les habitudes et les moeurs en ont gard l'empreinte encore plus que les lois. Ce n'est donc pas peine perdue que de suivre M. de Barante dans cette biographie politique d'un homme qui a r gn par la pens e, et dont l'esprit ne s'est pas tout fait retir de nous..."
"... La zootechnie est avant tout une division de la physiologie. Elle recherche comment il faut s'y prendre pour faire avantageusement de la viande, du lait, de la laine, de la force vivante, de l'agilit , enfin tout ce qu'on demande aux diverses esp ces animales. Elle doit tudier les fonctions de la respiration, de la digestion, dans toutes les situations donn es, avec leurs effets sur la production. Elle a besoin d'immenses travaux anatomiques, pour constater positivement l'influence des conditions ext rieures sur les organes, et l'action sp ciale de chaque organe sur chaque produit d termin . Dans les conditions ext rieures sont comprises, avec les climats et les soins hygi niques, toutes les vari t s d'alimentation; de l des tudes de physiologie v g tale tr s compliqu es, pour conna tre la nature et l'effet de chaque aliment. On peut pressentir par l le nombre et la gravit des probl mes que la zootechnie se pose, et dont la solution profitera quelque jour l'esp ce humaine, car il y a de grands rapports entre l'animal et l'homme; on doit comprendre aussi quelle r serve il convient de s'imposer pour en parler, quand on n'est pas soi-m me physiologiste..."
" Sous l'ancien r gime, la dignit la plus clatante, la plus envi e, tait celle de mar chal. Alors comme aujourd'hui, cette nation belliqueuse estimait avant tout les services militaires. La maison de Broglie, d'origine pi montaise, venue en France au commencement du XVIIe si cle, avait atteint en 1789 le plus haut point d'illustration, parce qu'elle avait fourni coup sur coup trois mar chaux. Le premier, Victor-Maurice, qui n'avait encore que le titre de comte de Broglie, fit avec Louis XIV les campagnes de Flandre et de Franche-Comt en 1667, et 1668; il fut nomm ensuite commandant du Languedoc. Le second, Fran ois-Marie, prit une part glorieuse la bataille de Denain, qui sauva la France. Ambassadeur en Angleterre, commandant g n ral de l'Alsace, commandant en chef de l'arm e d'Italie et de l'arm e de Boh me, il fut fait duc en 1742. Le troisi me, Victor-Fran ois, fut le h ros de la guerre de sept ans: nomm mar chal quarante-deux ans, gouverneur de Metz, ministre de la guerre, il avait re u de l'imp ratrice Marie-Th r se, apr s une bataille gagn e contre les Prussiens, le titre de prince de l'empire pour lui et ses descendants..."
" ... La premi re maxime a soulev , avec raison les plus vives attaques. Quesnay s'y d clare pour le gouvernement d'un seul; tous ses disciples ont soutenu plus ou moins la m me th se. M. de Tocqueville, dans l'Ancien R gime et la R volution, rel ve s v rement cette erreur et s'en fait une arme contre les conomistes. En elle-m me, on ne peut la d fendre, mais on peut l'expliquer et l'excuser. Il ne faut pas oublier que nous sommes en 1760: l'autorit royale est absolue et n'admet aucun temp rament. Demander une forme quelconque de libert politique, c'est r ver l'impossible. Quesnay n'a sous les yeux que la turbulence aveugle et impuissante des parlements; il conna t l'aversion profonde de Louis XV pour les tats-g n raux. Il ne peut esp rer de r aliser ses id es que par le pouvoir absolu; il invoque donc ce secours, et il n'a pas tout fait tort, car s'il doit chouer devant l'inertie go ste du roi r gnant; il recevra de son successeur un autre accueil. M me sous Louis XV, il ne perdra pas tout fait son temps. Si le roi lui chappe, il gagnera plusieurs ministres, des conseillers d' tat, des intendants, et une part de son esprit p n trera dans l'administration..."
" ... Ce qui le prouve jusqu' l' vidence, c'est l'immense sup riorit de richesse des peuples chr tiens. Comparez aux plus beaux moments de l'antiquit l' tat actuel du monde, et vous verrez quelle diff rence de population, de puissance et de bien- tre Partout, dans les derniers temps de l'empire romain, la population d cro t avec la richesse; d s que l'esprit chr tien a s rieusement p n tr l'humanit , la richesse rena t et ne cesse pour ainsi dire de grandir jusqu' nous. Non-seulement cette sup riorit se d clare entre le monde chr tien et le monde pa en, mais elle appara t de nos jours avec plus de force entre les nations vivantes. O en sont les populations musulmanes ou bouddhistes sous le rapport de la richesse comme sous tous les autres ? Les nations chr tiennes au contraire ne cessent de se fortifier et de s' tendre. Comment dire, apr s de pareils exemples, que le christianisme est, par son essence, contraire au progr s mat riel ? Qui ne voit qu'il y a en lui une vertu f conde qui agit sur l'homme tout entier, et qui d veloppe la fois les forces physiques et les forces morales de l'humanit ? Que veut dire ce beau mot de civilisation, ce mot que le monde n'a connu qu'apr s des si cles de christianisme, s'il ne signifie l'union de toutes les puissances de l' me, de l'esprit et du corps dans un harmonique et majestueux d veloppement ?..."
"... Pour ne prendre qu'une portion de cet immense sujet, bornons-nous la litt rature historique. L'Espagne passe pour avoir eu peu d'historiens. Les seuls noms d'historiens qui aient franchi les monts sont ceux de Mariana, de Solis et de Zurita. Il s'en faut bien cependant que ce soit l tout le bagage historique de l'Espagne. Ces trois hommes sont loin de donner une id e des tr sors que poss de leur pays dans ce genre. L'annaliste de l'Aragon, Zurita, est un chroniqueur consciencieux, mais diffus, et dans la foule des chroniqueurs espagnols il s'en trouve plus d'un qui, pour la franche couleur du r cit, l'emporte de beaucoup sur lui. La grande histoire de Mariana est une oeuvre admirable de patience, d' rudition et de style; mais si les critiques nationaux appr cient beaucoup la mani re large et savante de ce Tite-Live de l'Espagne, qui passe pour le mod le du castillan classique, peut- tre les trangers ne trouvent-ils dans son immense composition ni assez de critique, ni assez de vie et de mouvement. Solis est le plus int ressant des trois; mais ce charme qu'il doit son sujet, certains juges s v res le lui reprochent comme un d faut, et on a dit souvent de son livre que c' tait plus un roman qu'une histoire..."
"... L'Espagne compte, en ce moment, trois g n rations d'hommes de lettres vivants. Les premiers sont n s dans les derni res ann es du XVIIIe si cle: ce sont ceux dont la carri re est d j longue et dont la r putation est faite aussi bien en Europe que dans leur pays. A cette g n ration appartiennent MM. Martinez de la Rosa, Alcala Galiano, Joaquin Mora, Angel Saavedra, duc de Rivas, Javier Burgos, le comte de Toreno, et, enfin, les deux meilleurs po tes dramatiques que l'Espagne ait eus depuis Moratin, Breton de los Herreros et Gil y Zarate. La seconde g n ration s'est form e l'ombre de celle-l ; ce qui la composent datent des premi res ann es du Si cle pr sent et comptent aujourd'hui de trente quarante ans. Moins connus que les premiers hors de leur pays, ils forment la portion militante de la soci t litt raire espagnole. Tels sont don Juan Donoso Cort s, don Antonio de los Rios y Rosas, don Ramon Mesonero, don Eugenio Hartzembusch, don Alejandro Mon, don Joaquin Pacheco, don Nicomedes Pastor Diaz. Deux po tes, morts maintenant, Espronceda et Larra, appartenaient cette g n ration. Enfin vient la troisi me, celle des jeunes gens proprement dits. Ceux-l n'ont pas encore trente ans et n'ont commenc crire que depuis quelques ann es. De ce nombre sont don Enrique Gil, don Pedro Madrazo, don Antonio Garcia Gutierrez, et enfin le plus jeune et le plus f cond de tous, don Jose Zorrilla..."
"... La vie de la duchesse d'Ayen a t longtemps bien peu remplie d' v nements; la naissance de ses cinq filles, leur ducation, leur premi re communion, leur mariage, la naissance de ses petits-enfants, la maladie et la mort de ses proches, voil tout. Elle aimait peu le monde et n' tait pas tr s heureuse comme pouse. Mon p re, dit avec d licatesse Mme de Lafayette, dont l'attachement se montrait dans toutes les occasions o il avait quelque inqui tude pour elle, et dont la juste confiance, fond e sur l'estime mutuelle, tait visible toutes les fois qu'il s'agissait entre eux de quelques grands int r ts, surtout des n tres, vivait cependant peu dans son int rieur. Peut- tre ma m re avait-elle dans leur grande jeunesse trop laiss apercevoir un jeune homme (le duc d'Ayen tait plus jeune que sa femme) la sup riorit de sa raison; peut- tre avait-elle trop n glig les moyens de plaire; du moins elle se le reprochait elle-m me. Sa tendresse ne se reportait qu'avec plus de vivacit sur ses enfants. L'a n e de ses filles pousa le vicomte de Noailles, son cousin, la seconde le marquis de Lafayette, la troisi me le vicomte de Th san, la quatri me le marquis de Montagu, et la derni re le marquis de Grammont. Elle avait eu un fils, mais elle l'avait perdu au berceau..."
" Il y a un moment, dans la vie de tous les peuples, o , leur premier travail de formation termin , ils passent par une crise qui fixe leur constitution et d cide de leurs destin es. Dans la confusion des origines, les l ments de toute soci t naissent la fois, mais sans ordre, et participent de la vitalit ardente qui pousse la nation elle-m me se produire; plus tard, quand la nationalit en travail a forc les obstacles qui s'opposent tout enfantement, ces l ments, jusqu'alors m l s dans une impulsion unique, tendent se s parer, se classer, s'organiser enfin. Une lutte int rieure s' tablit, et de la victoire des uns, de l'abaissement des autres, de la combinaison de tous, se forme une soci t d finitive qui a d sormais son caract re propre et sa marche distincte.Ce moment solennel est plus ou moins apparent dans l'histoire des diverses nations de l'Europe moderne; mais chez aucune il n'a t aussi nettement marqu qu'en Espagne o il co ncide avec la fin du quinzi me si cle et le commencement du seizi me. A cette poque, l'Espagne venait de finir l'oeuvre exclusive qui avait absorb toutes ses forces durant huit si cles: les Maures taient vaincus dans leur derni re ville. Une nouvelle re commen a d s-lors pour la P ninsule; cette nation, qui n'avait t longtemps qu'une arm e, s'arr ta sur son sol reconquis, et dut songer se constituer autrement que pour la longue croisade qui avait rempli sa jeunesse. A l'h ro que p le-m le de la guerre, elle dut faire succ der un travail r gulier d'organisation, car il n'est jamais donn aux peuples de se reposer, m me dans la victoire..."
" ...Quand on compare ce qu' tait, en Angleterre, l' tablissement de 1688 et ce qu'a t , en France, celui de 1830, on est frapp au premier abord des avantages que le second para t pr senter sur le premier. Dans l'un et l'autre cas, la loi de succession h r ditaire la couronne est viol e, l'h ritier direct est cart , et celui qui lui succ de imm diatement est appel au tr ne. Le fait fondamental est donc le m me, et, si l'atteinte au principe d'h r dit a t la cause principale de la faiblesse de notre monarchie, il semble que cette cause aurait d agir avec plus de force contre la monarchie de Guillaume III. Un pareil fait tait alors sans pr c dent, tandis qu'en 1830 on avait l'exemple de 1688, qui avait si pleinement r ussi. En g n ral, c'est un grand b n fice historique que de venir le second, de n'avoir point contre soi la nouveaut de la tentative et de pouvoir invoquer l'autorit d'un succ s pr c demment obtenu dans des circonstances analogues. Jusqu'au dernier jour, cet exemple de 1688 a t la grande pr somption, le puissant argument en faveur de la dur e de la dynastie d'Orl ans, tandis que rien de pareil ne pouvait tre invoqu en faveur de Guillaume III..."
" Dans les premiers jours du mois de novembre 1846, je d barquais Alger; trois autres d put s s'y trouv rent en m me temps que moi. Apr s avoir pass quelques jours dans la capitale de nos possessions, je partis pour l'int rieur avec mes coll gues. M. le mar chal Bugeaud, alors gouverneur-g n ral, avait voulu nous servir de guide; nous travers mes avec lui le Sahel montueux et pittoresque qui entoure Alger, la plaine c l bre de la Mitidja, les premi res cha nes de l'Atlas, la grande vall e du Ch liff; nous visit mes les villes de Blida, M d a, Miliana, Orl ansville, Ten s, Mostaganem, et je terminai mon voyage par une courte excursion Oran. Jamais rien d'aussi trange et d'aussi nouveau n'avait frapp mes regards; les Arabes, les colons, l'arm e, ces trois grandes fractions de la population alg rienne, comparaissaient chaque jour devant nous; la nature africaine, si pleine de myst res et de contrastes, fournissait aussi un aliment in puisable notre attentive curiosit ; chaque pas, des questions nouvelles s' levaient. Je ne me lassais pas de regarder, d'interroger, craignant toujours de conclure trop vite, et toujours tenu en suspens par la vari t et l'immensit du probl me..."
" D s que commence la seconde moiti du XVIIIe si cle; on voit na tre l' conomie politique sur presque tous les points de l'Europe la fois. En Italie, Verri et Beccaria jettent les premiers fondements de cette nouvelle science, et, ce qui vaut encore mieux, l'administration du comte Firmiani en Lombardie, celle du grand-duc L opold de Toscane, en pratiquent les principes naissants pour le bonheur des populations. En Espagne, Campoman s, que va bient t suivre Jovellanos, fait entendre dans le pays classique des monopoles, du syst me prohibitif et des pr jug s mon taires, bon nombre de v rit s utiles qui ne l'emp chent pas de devenir pr sident du conseil de Castille. En France, le m decin de Louis XV, le docteur Quesnay, publie son Tableau conomique, et autour de lui se presse un groupe d'amis et de disciples, Gournay, d'Argenson, Mirabeau p re, Lemercier de La Rivi re, Dupont de Nemours, et enfin le plus illustre de tous, Turgot. En Angleterre, o , depuis la r volution de 1688, tout ce qui peut contribuer au bon gouvernement des nations tait plus librement tudi qu'ailleurs, une foule de publications se succ dent sur les questions d'int r t public, et l' conomie politique arrive trouver sa forme peu pr s d finitive dans les travaux d'un simple professeur cossais, Adam Smith. On s'est beaucoup demand quelle avait t la part exacte de chacun de ces crivains dans l' difice de la doctrine conomique: question insoluble et superflue Qui peut compter la multitude des sources qui contribuent former un ruisseau, et la multitude des ruisseaux qui contribuent former un fleuve ?..."
" ... Charles-Ir n e Castel, abb de Saint-Pierre, naquit au ch teau de Saint-Pierre- glise, pr s de Cherbourg, peu de distance d'un autre ch teau qui a donn naissance de nos jours un philosophe galement ami de l'humanit , M. de Tocqueville. Son p re, Charles Castel, marquis de Saint-Pierre, tait bailli du Cotentin et gouverneur de Valognes, sa m re tait soeur de Mme de Villars, m re du mar chal. Le second de cinq enfants, il fut d'abord destin au m tier des armes; mais, la faiblesse de sa complexion lui ayant interdit cette carri re, il dut se tourner vers l' glise. Il eut un moment dans sa jeunesse la vell it de se faire religieux, et il a racont lui-m me en termes assez piquants comment cette id e lui passa. Segrais, homme d'esprit, me dit un jour que cette fantaisie de se faire religieux ou religieuse tait la petite v role de l'esprit, et que cette maladie prenait ordinairement entre quinze et dix-huit ans; j'en fus attaqu dix-sept. J'allai me pr senter au p re prieur des pr montr s r form s d'Ardenne, pr s de Caen; mais, par bonheur pour ceux qui profiteront de mes ouvrages, il douta que j'eusse assez de sant pour chanter longtemps au choeur, et me renvoya consulter un vieux m decin qui me dit que j' tais d'une sant trop d licate. J'ai donc eu cette maladie; mais ce n'a t qu'une petite v role volante dont je n'ai point t marqu . ..."
" Lib ralisme et socialisme, ces deux mots ont exprim jusqu'ici des id es antipathiques. Dans tous les syst mes d'organisation que les diff rentes sectes socialistes ont mis en avant, la libert individuelle de l'homme est g n ralement compt e pour rien. Voici un crivain socialiste qui se distingue au contraire par un profond sentiment de la libert humaine: cet crivain est M. Proudhon, l'auteur du livre sur la Propri t , publi il y a quelques ann es, le r dacteur actuel du journal le Repr sentant du Peuple, un des plus radicaux assur ment, un des plus violents dans les termes parmi les nouveaux r formateurs, mais qui rach te mes yeux tous ses emportements par son respect pour cette pauvre libert dont les th oriciens de la nouvelle r publique font si bon march . Un conservateur de la veille, un malheureux doctrinaire comme moi, est plus pr s de s'entendre avec un tel homme qu'avec beaucoup de gens qui paraissent plus mod r s, et j'ai lu les livres de M. Proudhon avec plus de sympathie que de col re. La forme en est un peu rude, j'en conviens, et met l' preuve la patience, mais ce n'est plus le moment d' tre difficile et de faire le d licat..."
" Quand l'Europe litt raire et politique a appris, il y a d j quelques aun es, que la reine Isabelle d'Espagne avait choisi pour son ambassadeur Naples M. le duc de Rivas, on s'est g n ralement attendu que le s jour d'un homme aussi passionn pour les travaux et les plaisirs de l'esprit dans cette contr e favoris e, au milieu des loisirs l gants de la vie diplomatique, ne serait pas sans fruit pour les lettres. On ne s' tait pas tromp . Sous ce nom aristocratique, sous ce brillant manteau d'ambassadeur, se cache, comme on sait, un des esprits les plus polis et les plus aimables de notre temps, un de ces po tes qui donneraient volontiers tous les duch s et toutes les ambassades du monde pour une heure d'inspiration. Comme son compatriote et son ami, aujourd'hui son voisin d'ambassade, M. Martinez de la Rosa, l'auteur du B tard maure et des Romances historiques a toujours trouv , dans les accidents les plus divers de son orageuse carri re, le temps de penser et d' crire. M me au milieu de la vie des camps et durant les preuves am res de l'exil, il cherchait des consolations dans la po sie. Aujourd'hui, parvenu au fa te des grandeurs, et, ce qu'il estime coup s r davantage, libre de jouir, apr s tant de travaux, d'un repos au moins momentan , il ne pouvait pas oublier les ch res habitudes de toute sa vie; c'est la muse plus grave de l'histoire qu'il a consacr ses ann es tranquilles..."
"... Cette sup riorit particuli re de Pitt ne s'explique pas seulement par la force de son esprit et par l' nergie de sa volont . Ce qu'il a appliqu pour la premi re fois, il ne l'a pas imagin . Les finances de tous les tats de l'Europe, sans en excepter, certains gards, celles de l'Angleterre, taient encore, la fin du dernier si cle, dans le chaos du moyen- ge; mais l'esprit d'examen, qui avait pris un si grand essor pendant ce si cle, s' tait exerc sur les sources de la richesse, des nations comme sur les autres branches des connaissances humaines. Une science nouvelle venait de na tre. Les conomistes fran ais avaient donn le signal; apr s eux tait venu Adam Smith, dont le grand ouvrage publi en 1776, commen a une r volution qui n'est pas encore finie. D'innombrables crits, aujourd'hui oubli s, paraissaient dans toutes les langues, et portaient la lumi re sur les questions les plus obscures de l'ordre financier. Le m rite de Pitt fut de s'approprier ce qu'il y avait de vrai dans les th ories qui avaient cours de son temps et d'oser les mettre en pratique. Il n'en eut pas moins de m rite, car en toute chose l'ex cution est la grande difficult ..."
"... Je voudrais bien donner ici une id e de ce po me, mais il a t d j analys de main de ma tre par M. Sainte-Beuve: je n'ai garde d'y revenir. Quand on a commenc parler, Paris, de Jasmin et de ses po sies, l'Aveugle avait d j paru, mais part. La publication d'aujourd'hui n'est qu'une r impression. Tout ce que je puis dire, c'est que je l'ai relu avec un plaisir peut- tre plus vif que dans sa nouveaut . J'ai retrouv un charme indicible dans ces descriptions si franchement populaires et si po tiques pourtant, dans ces d tails de moeurs campagnardes d'une v rit si vivante et en m me temps si exquise, dans ce m lange merveilleux de folle joie et de sensibilit p n trante, dans ce r cit d'une catastrophe soudaine qui vient attrister les plaisirs bruyants d'une noce de village, dans ces vers surtout faits avec tant d'art que leur mesure m me est l'expression des sentiments qui les inspirent, dans ces habiles changements de rythme, ces combinaisons d'harmonie emprunt es par Jasmin aux troubadours qui les avaient eux-m mes emprunt es aux Arabes; d licatesses savantes qui n'ont de rivales en fran ais que les coupes capricieuses de strophe invent es par les po tes du XVIe si cle, et reproduites de notre temps par Victor Hugo. Qui ne sait maintenant par coeur dans tout le midi la plus grande partie de ce drame lyrique, et surtout ce refrain si fortement empreint de la saveur natale ?..."
Voyages En France, 1787-1789. Tome 2
Arthur Young; H -J Lesage; Léonce de Lavergne
Hachette Livre - BNF
2019
pokkari